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- Les débuts en
France
- L'arrivée
à
Tokyo
- La rencontre avec
Morihiro Saito et les premiers
jours à Iwama
- La compréhension de l'entrainement privilégié d'une Uchi-Deshi
4 - La compréhension de l'entrainement privilégié d'une Uchi-Deshi
Avant de commencer je voudrais vous dire que cette période d'interruption fût suivie de bien des déboires.
Il m'en va s'en dire de vous les raconter brièvement afin de mieux agrémenter la chronique d'AIKIBUKIKAI.
Les faits les plus importants et anodins sont d'abord que j'avais décidé de maigrir et ma foi pas trop mal.
J'ai réussi à perdre 15 kg environ en deux mois durant l'été 2006.
J'essayais de garder jalousement ma nouvelle ligne pour mieux contrôler mon énergie malgré les fortes tentations dans les différentes fêtes et manifestations du dojo.
J'assumais en outre une stabilisation honorable durant toute l'année.
Dans mon état d'esprit de ne plus jamais reprendre trop de poids, je fis des privations afin d'habituer mon corps dans le nécessaire du quotidien sans excès d'appétit.
À cela d'autres turbulences se rajoutèrent m'empêchant dans mon emploi du temps de maintenir le cap que je m'étais fixé.
Ne voilà t-il pas que dans cet horizon orageux surgir des appels au secours des parents de Bertrand qui, sans que cela vous prenne gare, ils se font hospitalisés pratiquement ensemble.
Le diagnostic du médecin fut comme un coup de semonce : un cancer généralisé ou les os se brisent en morceaux comme du verre, ce qui nécessita une hospitalisation afin que les examens approfondissent le diagnostic.
Le bilan fut que la médecine actuelle ne pouvait plus faire grand chose, pour ne pas dire rien.
Ils sont en fin de vie dit le docteur !
Les voilà rapatriés à leur domicile après trois mois d'hospitalisation pour éviter d'agrandir le déficit de la sécurité sociale et Bertrand, pour les besoins de la cause eut le devoir d'élire domicile chez eux afin et de les assister pour les accompagner là où seul le destin le
décidera.
Me retrouvant seule à assumer la vie du dojo tout en maintenant les relations avec Bertrand avec ces allés et retours incessants, je ne trouvais plus suffisamment de temps pour m'occuper pleinement des activités débordantes de ma passion en laissant de côté les chroniques
d'AIKIBUKIKAI.
La saison malgré tout se finissant fort bien dans ces circonstances assez particulières après un stage de fin de saison merveilleux et voilà que survient un vautour sorti de l'ombre cachée du dojo !
Il s'appelait David, un vautour au teint clair, crâne rasé et haut sur pattes.
Rien n'apparaissait dans son aspect général. Mais dans sa tête comme tous les rapaces de son espèce, il cherchait son festin de charognard à la moindre occasion.
Il ne connaissait que son instinct dans son analyse personnelle. Devant une lionne moralement affaiblie, il tenta à travers l'échec de sa proie de shodan qu'il voulait prendre dans son bec pour pas un sou et de surcroît sans effort, de manipuler son entourage dans une manière de diversion, afin d'ameuter ces comparses pour faciliter sa prise.
Dans ce plat difficile qu'était la shodan, le butin fût difficile et mal approprié pour son bec.
Mal lui en prit, il finit par lâcher le morceau et parti tournoyant dans les airs avec son crâne rasé, digne d'un rapace mal foutu et haut sur patte.
Cela aurait pu s'arrêter là, mais non, il décida alors de revenir par les airs des émaux mettre moralement le dojo en pièce.
Devant cet appétit débordant de toute sa colère, il essaya d'ameuter ses compères de-ci, de-là afin de les faire participer à son festin destructif de charognard.
Mais l'entourage n'était pas des charognards, alors devant cette frustration, il finit par se réexpédier dans les hauteurs imaginaires de sa sphère en emmenant dans son plumage en vol en forme de croix, d'une couleur rouge et blanche la marque de ces montagnes Alpines.
Dans un cri de croassement propre à ce rapace et dans sa tête de têtu au crâne rasé haut sur pattes, des mots où seul un homme oiseau blessé dans son amour sale et frustré ne puisse comprendre dans ces échos montagneux.
Alors, soignant mes égratignures morales et reprenant mon quotidien, je me disais que vraiment que cette vie turbulente et si palpitante avec tous ces mélanges salés et sucrés aboutit à une meilleure compréhension de la vie.
Enfin me revoilà dans mes nuages pour écrire ma passion, entre le passage de santé service, mon temps libre et mes obligations familiales du moment.
Dans ce privilège qui m'est offert, je me trouve sans cesse dans une formation perpétuelle mélangeant les entraînements et la vie à travers AIKIBUKIKAI, la continuité du point de départ.
Je m'en vais donc mentalement m'échapper pour revenir dans cette ambiance médiévale au JAPON où les souvenirs que j'ai dans la relation avec SAITO Sensei à IWAMA sont ni plus ni moins que la compréhension de la vie.
Il faut l'avoir vécu pour en saisir la subtilité.
Nous avons tous d'une part un corps qui fonctionne et d'autre part l'esprit qui doit être dans une coordination aussi parfaite que possible dans son ensemble afin de lui donner une bonne direction.
Celle de l'AIKI.
D'où réside la compréhension de cette coordination et non des moindres afin de pouvoir comprendre pour progresser.
Parmi tous ces candidats potentiels qui se trouvaient à IWAMA au JAPON il fallait avoir beaucoup de qualités, et de présence d'esprit pour pouvoir évoluer.
Sans oublier le côté financier qui à cette époque nécessitait plus de 1000 euros par mois, ce qui était la première barrière à franchir.
À titre personnel, ce n'est pas cher pour tout ce que l'on y apprend.
Dans cette motivation débordante que j'avais à cette époque, c'était l'obsession du dépassement de soi-même afin de croire à mon fantasme d'acquérir l'irréel!
Le côté financier étant secondaire puisque j'avais de bonnes réserves.
En ayant toutes ces qualités, cela vous mène tout droit à mieux vous concentrer dans la croyance de soi et dans l'au-delà du réel.
Être conscient de pouvoir être en parfaite communion avec son Sensei, afin d'attirer son attention dans l'intéressement de votre potentiel.
Cette démarche demande d'être capable d'aller sans préjugés dans la bonne direction où l'horizon de cette inconnue demande une grande disponibilité du corps et de l'esprit sans s'attacher aux détails matériels et secondaires:
-Oui et le faire sans relâche,
-Le refaire et remercier.
-Le faire et remercier sans avoir de préjugé.
-Toujours faire et remercier, sans jamais laisser la place à un doute, sans arrogance ni abandon et montrer sa gratitude.
L'emploi du temps quotidien avec quelques variantes commençait ainsi:
Levée le matin à 6h l'hiver et 5h au printemps et en été, 7 jours sur 7!
Le matin: préparation à l'entraînement qui demande un entretien méticuleux des lieux avec ses alentours (périphérie du dojo avec ses abords) avant l'entraînement du matin qui se déroule à 7h.
L'entretien du reste des lieux de 3 hectares environ se répartit entre le dojo, le shokudo et l'AIKI JINJA (temple dédié à l'AIKI du fondateur) qui sera orchestré sous la direction du Sensei.
Celui-ci donnera l'ordre au sempaï du moment d'en exécuter une partie des plus pressées : un peu chaque jour, ou de se faire aider.
En ce début de septembre 1985 où j'essayais d'apprivoiser ce rythme de vie dans ce quotidien sans mode d'emploi, j'étais seule ne sachant ni vraiment parler anglais et encore moins japonais, sans que personne en ce temps-là ne parlât français pour m'aider.
Les personnes qui occupaient ces lieux à ce moment étaient des Japonais et quelques rares étrangers Américains ou Australiens de passage.
Ces étrangers avaient déjà une formation plus ou moins avancée et venaient le plus souvent entretenir une visite de courtoisie tout en perfectionnant leur niveau aux horaires impartis, beaucoup étaient des instructeurs ou assistants.
Donc en ce matin de septembre après le levé à 6h, je me hâtais de faire ma toilette et de m'habiller rapidement afin de me présenter devant Mucon san, mon sempaï du moment et rapporteur du bon déroulement auprès de Sensei.
Il fallait que je lui fasse allégeance de ma mise à disposition de bien vouloir participer sans perdre de temps pour l'aider à l'entretien des lieux.
Il faut savoir qu'au JAPON, en ces lieux, il y a une attitude bien particulière d'aborder une relation entre personnes de rangs différents où, à travers cette vie de tous les jours, on découvre toute la perspicacité.
Et cela 7 jours sur 7 et tout le temps.
Me mettant sans cesse à ses cotés avec un grand sourire et parfois même forcé, j'attendais patiemment un signe ou un geste me signifiant ce dont j'avais à faire avec une grande attitude d'humilité de ma personne à accomplir la tâche demandée.
Surtout ne pas oublier de le remercier avec grand respect de vous avoir donné l'ordre d'assumer cette tâche.
Et ceci tout le temps, à chaque instant de la journée et tous les jours!
-Oui et le faire sans relâche.
-Faire et remercier sans avoir de préjugés.
-Toujours faire et refaire, remercier, sans jamais laisser la place à un doute ni arrogance, ni abandon et toujours montrer sa gratitude.
Et cela 7 jours sur 7 en toutes circonstances.
Généralement tous les matins nous ratissons les abords du dojo afin de pouvoir pratiquer dehors les armes, nettoyer le dojo, et préparer le kamisama du dojo.
Ce travail devait être effectué dans l'heure afin de laisser le temps ensuite de se préparer au cours de 7h.
Moi, ignorante dans cette approche me mettant au travail et faisant du mieux que je pouvais, j'arrachais les mauvaises herbes avec un soin particulier comme me le montrait Mucon san.
J'étais attentive à ce que je faisais dans les moindres détails, puis Mucon san quelque temps après me fit comprendre de tout abandonner et de le suivre précipitamment vers une autre étape d'entretien.
Pris comme si c'était la panique, il se précipita chercher quelques râteaux en bambou en criant " soji, soji " (nettoyage, nettoyage), le temps presse!
Quelques personnes ici et là présentes surgirent de je ne sais où, s'emparèrent des râteaux et là comme des militaires en ordre de marche, ils s'animèrent dans un alignement presque parfait, chacun à son poste.
Moi, je n'y connaissais rien car il n'y avait pas de mode d'emploi : seule l'observation comptait.
Le premier ratissait dans un sens précis, puis le deuxième reprenait la continuité de l'autre pour être repris et ordonné par un autre et ainsi de suite….
Le tout orchestré par Mucon san qui travaillait et tout s'articulait autour de lui.
N'ayant que peu de temps pour capter et comprendre le sens de cette marche, je me fis sermonnée devant mon immobilisme et mes déplacements hasardeux.
Je venais sans m'en rendre compte de marcher sur les marques de ratissage qui venaient d'être faites presque à la perfection !
Il faut entendre ce genre de réflexion : je les entends encore dans mes oreilles!
Cette ambiance de tout le temps 7 jours sur 7 vous donnait envie de fuir !
Voilà l'ambiance type d'une journée !
Je compris par la suite que lorsque Sensei arrivait, voyant le terrain bien préparé, cela l'engageait à dispenser une leçon magistrale et méticuleuse, avec un soin adapté aux élèves du moment.
Cette corvée étant finie, vint l'heure de la préparation au cours de 7h: nous partîmes chacun de notre côté et les quelques minutes furent juste assez pour prendre un café, et nous changer afin d'être prêt à l'heure pour recevoir le cours de Sensei.
Sensei arriva avec sa bonne bouille du matin accompagnée d'un large sourire tout en disant bonjour, il observa du coin de l'oeil que tout était dans le bon ordre comme tous les jours.
Et nous tous en suwari waza rendant le salut solennel du matin content de participer à la bonne humeur de sa présence.
Sensei se dirigea et se positionna devant le kamisama et aussitôt Mucon san lui apporta l'arme en anticipant sa demande: sans dire un mot, il lui apporta l'arme qu'il souhaitait.
Il devina ce que voulait Sensei pour pratiquer ce matin-là.
À cette agréable surprise qui se répétât quotidiennement je découvrais quelque chose que je ne comprenais pas.
Je pensais qu'il devait y avoir un code pour comprendre.
Mais non, c'était très technique.
Ce détail avait une grande importance et nécessitait des paramètres que seul un habitué de longue date pouvait acquérir.
C'était Mucon san, le sempaï du moment qui avait la chance de recevoir cette formation.
Quelle belle chose que de deviner ce qui devait se passer dans le temps présent, j'aurais voulu être à sa place pour pouvoir apprendre.
J'imaginais que lorsque je prendrais un jour sa place, peut-être, cela me ravirait de devoir arriver à ce niveau et comprendre ce que l'autre pense.
Mais il faut mériter cette position et pour pouvoir l'acquérir, être complètement en accord dans cet environnement et avoir une attitude pleine d'attention et de passion.
Vouloir changer, oui et le faire sans relâche.
Sitôt l'arme apportée, le salut s'effectua et ensuite Sensei se dirigea vers la sortie pour administrer son cours en passant comme toujours par la porte centrale du dojo où lui seul empruntait ce chemin.
Quant à nous, nous devions passer par la petite porte assez étroite du roku-jo où une bousculade s'en suivit, me projetant pratiquement dans un coin comme un balai que l'on range dans un placard.
J'eus la désagréable surprise de comprendre que chaque fois que le corail que j'étais voulu se faufiler pour pouvoir arriver en même temps que les autres, il se passait toujours la même chose !
Je compris qu'aucun respect envers moi ne se ferait pour me laisser passer.
Que ce soit une femme ou un homme d'ailleurs, ce n'est plus les mêmes règles de respect.
Il s'ensuivit une attitude de dédain me mettant un bref moment à l'écart, dans ces relations internes et en prime, on m'a fait subir un cours frôlant la correction en guise de remontrance.
Et cela 7 jours sur 7 à tout moment de la journée où l'on doit rester à sa place et gravir les échelons dans sa notoriété.
Il ne vous reste plus que si vous voulez rester en bonne compagnie, à vous mettre gentiment à votre place.
En espérant que les sempaï du moment, devant votre docilité finissent par vous respecter afin qu'ils puissent vous venir en aide pour vous faire progresser dans ce système médiéval.
Mais ceci n'est pas tout, il faudra sûrement mettre le Sensei avec vous pour avoir plus de considération afin de donner plus de force en vous-même dans ce chemin sans GPS.
Dans cette ambiance hors du temps naît tout naturellement l'attitude de l'esclavagiste qui devra s'affranchir ou s'enfuir, c'est-à-dire partir.
L'esclave que j'étais devenue tout naturellement s'installa en moi sans que je m'en rende compte: je devais m'affranchir.
Alors seule, sachant toujours mal parler anglais et encore moins le japonais, je décidais à tout moment et à tout instant de la journée d'être à la disposition pour toujours et être en accord le plus parfait avec tout mon entourage.
Oui et le faire sans relâche.
Toujours faire et remercier sans relâche et ne jamais laisser la place à un doute, ni arrogance ni abandon et toujours montrer sa gratitude.
Voyez-vous, comme nous commençons à comprendre l'irréel, cela devient une réalité.
Ma journée consistait inlassablement à aider Sensei, être présent tout le temps, aimer ce que lui il aime, l'aider inlassablement toute la journée, tout le temps, aider Mucon san et m'entraîner sans cesse jusqu'à ce que l'impensable arrivât.
Pendant tout ce temps, les journées, semaine après semaine, mois après mois, le temps passa et puis un jour, le départ de Mucon san arriva, une grande fête fut organisée devant bon nombre de personnes.
À ce moment-là, alors que je maîtrisais les diverses tâches journalières à effectuer, Sensei dit tout haut devant tout le monde :
PATO san, aujourd'hui tu assumeras la responsabilité du dojo, tu remplaceras Mucon san, ce qui consiste à dire que tu t'occuperas du bon déroulement des taches du dojo chaque jour tu es devenue assez forte pour en assumer la responsabilité.
Je fus très honorée et à partir de ce jour-là, je compris que des problèmes surviendraient plus tard et non des moindres !
La fête finit très tard dans la soirée où un repas majestueux ornait les tables.
Elle fut bien arrosée de bières et de saké à volonté, ainsi que de quelques bonnes bouteilles par-ci, par-là.
Le lendemain matin, Mucon san partit de très bonne heure sans crier gare, comme un fantôme dans cet oubli c'était généralement l'attitude des Japonais.
Et moi, seule avec quelques énergumènes, je pataugeais timidement dans mes responsabilités.
C'est alors que je commençais à préparer les abords du dojo et les différentes tâches que je connaissais bien, comme tous les jours dont j'avais pris l'habitude, mais à la différence, c'est que personne ne venait m'aider pour participer à cet entretien quotidien !
Je n'avais pas assez de caractère ni un niveau mental assez fort pour me faire respecter!
Il fallait m'affranchir de cet esclavagisme et seul l'appui de Sensei et mon niveau technique y pourvoira.
Sensei, non loin derrière les taillis, observait, une petite toux rauque trahit sa présence.
Et moi, travaillant consciencieusement, je faisais mon travail comme je l'avais appris avec Mucon san, pratiquement toute seule!
Le cours du matin arriva comme tous les autres jours et tout était en ordre correct et très convenable.
Sensei arriva, je me précipitais pour aller chercher l'arme et lui apporta au hasard l'un des deux.
Il me dit merci et tout se passa bien, je me dis: tiens, j'ai une chance sur deux tant mieux c'était la bonne ou il a voulu ne rien dire?
Malgré les différentes attitudes dans ces conflits de personnalité permanents, j'assumais ma foi fort bien.
Je me contentais de travailler et de ne pas me plaindre, faire, refaire, toujours faire et remercier Sensei sans arrogance de la tâche que je devais assumer.
Lui apporter les 1000 euros tous les premiers du mois en le remerciant sans arrogance ni abandon et toujours montrant ma gratitude dans ma disposition à toujours faire et refaire.
Mais des changements d'attitude survinrent avec des rapports plus directs pendant l'entraînement.
Sensei me corrigeait sans cesse et toujours en me grondant sévèrement si je ne rectifiais pas tout de suite, m'utilisant presque comme une mascotte.
Il me disait qu'à chaque fois l'entraînement était fini, je devais sans cesse répéter la leçon (Keiko, Keiko) et faire taren uchi : une centaine de suburi de ken sur des pneus prévus à cet effet.
-Oui et le faire,
-Oui, le faire et remercier.
-Oui, toujours faire et refaire sans oublier de remercier.
J'exécutais les conseils qui étaient plutôt des ordres sans relâche et aussi parfois par crainte.
Les jours et les semaines passèrent ainsi, me corrigeant obstinément sans cesse durant l'entraînement, jusqu'au jour où tout naturellement ma technique sans trop de faille faisait trembler un bon nombre d'élèves du moment.
Je commençais à m'affranchir de l'esclavagisme où je m'étais enfermée et tout naturellement lors de mes entraînements, bon nombre me respectaient de peur d'une mauvaise attitude de ma part, mais doutaient qu'une femme puisse passer à l'action.
Alors, je me suis mis à donner quelques corrections selon mon humeur du moment, surtout lorsque l'on ne me respectait pas ou du moins que l'on ne voulait pas venir m'aider quand je l'ai demandé.
Je prenais du plaisir parfois à dominer mon semblable, sans trop abuser, ou du moins je ne m'en rendais pas compte.
Ainsi, jour après jour je m'imposais et dirigeais un bon nombre d'uchi-deshi.
Je commençais à apprécier ce milieu médiéval qui commençait à m'aller comme un gant.
Sensei, lui, me corrigeant toujours et toujours, puis il s'ensuivit de nombreux contacts qui nous ont rapprochés.
À travers ces invitations innombrables des plus agréables aux plus désagréables, j'appris à le connaître.
Tout en comprenant bien la situation, je finis par créer une bonne harmonisation autour de moi.
C'était sans compter de l'intervention de Sensei qui trouva que j'avais acquis trop de facilité dans mon émancipation.
Un jour lors d'un repas frugal avec tous les uchi-deshi il dit:
Il ne faut pas écouter PATO San, ce n'est plus le sempaï responsable du moment!
Elle ne comprend rien Damé! Damé! (ce n'est pas bien).
Abasourdie, je ne comprenais plus.
Tout le monde me regardait comme si je les avais exploités et des intrigues apparaissaient dans la tête de chacun.
Il faut dire que les personnes du moment étaient de nouvelles personnes venant passer un séjour de perfectionnement et ne connaissaient rien au système: on les appelait les aikidoka touristes.
Quant à moi j'avais tout fait ce que je devais faire au moindre détail et intensivement sans jamais qu'apparaisse une faiblesse ou un ras-le-bol.
Qu'avais-je fait pour mériter une telle sanction dans cette désorganisation, je me suis senti humiliée, outragée devant toutes les personnes présentes qui me fustigeaient.
Le repas terminé, je l'accompagnais chez lui comme d'habitude et il me dit avec un large sourire en m'offrant une grande bouteille de saké:
"Tu es toujours le sempaï, à toi de te débrouiller"!
Avec des yeux tout grands ouverts, je remerciais et finis par comprendre que le chemin qui mène à la maîtrise de cette compréhension devrait passer par des conflits.
Mais quels conflits ? Ce n'est sûrement pas ce que vous croyez !
Je devais analyser l'attaque afin de la détruire, pour ensuite s'harmoniser avec la personne afin de lui faire comprendre que ce n'est pas à lui mais à son attitude que j'en voulais pour faire changer la situation, dans ces lieux où l'on doit privilégier les actes et non la
parole.
Nous sommes complètement dans un raisonnement médiéval que SAITO SENSEI avait la charge de perpétuer en ce lieu d'IWAMA: l'enseignement du fondateur Morihei UESHIBA.
Et ceci tout le temps, 7 jours sur 7 et sans cesse car il y avait un renouvellement de personnes et donc il fallait recommencer tout le temps!
Je commençais l'échafaudage de cette compréhension de l'autre dans ma tête.
Il fallait se faire respecter, user de stratèges de déduction logiques et se faire craindre sans détruire la personne, où le travail de soi l'emporte sur la personnalité de l'autre.
Ce faire admettre comme la meilleure, travailler de plus en plus pour être irréprochable.
S'entraîner afin de montrer sa passion et donner l'exemple d'une technique sans faille.
Puisque officiellement il n'y avait plus de sempaï et que le travail devait de toute manière se faire, je tenais mon rang en me mettant à l'œuvre toute seule.
Parfois d'autres venaient faire ce don, il fallait faire dans une manière plus ou moins désordonnée.
Ceci amena directement Sensei à me réprimander souvent, très souvent.
Il comprenait mon esclavagisme dans lequel il m'avait enfermé.
C'était la formation d'IWAMA, "Le style d'O SENSEI", j'étais dans la formation sans m'en rendre compte, dans le bouillon où la pâte doit sortir al dente !
Je me trouvais toujours dans oui et le faire sans relâche et sans rien dire.
Toujours faire et refaire, sans jamais laisser la place à un doute ni arrogance, ni abandon et toujours montrer sa gratitude.
Alors, une force intérieure en moi se développa où lorsque la pratique quotidienne arrivât, j'eus des entraînements à faire pâlir les personnes indésirables car j'avais besoin de dominer pour pouvoir me défouler et je crois que vous pouvez comprendre!
Dans cette promiscuité, peu à peu je repris ma place tout naturellement et je vis Sensei avec un grand sourire de contentement et de complicité.
Avec de nombreuses maladresses, je finis par comprendre que pour donner la bonne arme à Sensei sans se tromper, il fallait comprendre la leçon de la veille et adapter sur les personnes du moment une progression en fonction de leur niveau.
Il fallait dans l'ensemble observer pour pouvoir privilégier ceci ou cela et bien d'autres critères qui font que l'on devient un bon instructeur pour faire progresser son entourage.
Mais évidemment d'autres problèmes s'ajouteront au fur et à mesure que le temps passe et il faudra toujours les résoudre sans cesse.
Après avoir acquis ce niveau technique, je compris que pour se libérer de cet esclavagiste, il fallait travailler dur et s'entraîner sans relâche afin obtenir une certaine réussite.
Et tout vrai uchi-deshi doit s'enfermer dans cette méthode médiévale pour s'en libérer ensuite!
Ne dit-on pas que ce fût le dojo de l'enfer ! Il fallait passer par les différentes étapes pour s'en sortir plus fort!
Ce fût ainsi durant 3 ans en compagnie de Sensei Morihiro SAITO qui orchestra ma formation durant mon séjour.
Comme je vous le disais, ce fût tout le temps, à tout instant, sans pratiquement sortir, sauf en sa compagnie:
-Oui et le faire sans relâche,
-Faire et remercier sans avoir de préjugés.
-Toujours faire, et remercier sans laisser la place à un doute, ni arrogance ni abandon et toujours montrer une grande gratitude envers lui.
J'avais beaucoup de jalousie dans les comportements autour de moi, me mettant tout le temps dans une difficulté où il fallait s'en sortir et parfois cela vous prenait bien la tête et c'était un enfer.
Il s'installait avec le Sensei une relation très particulière où je ne voyais plus parfois la différence entre professeur, tuteur, protecteur ou père adoptif!
Notre affinité dans cette complicité mettait des rivalités au sein de la famille où tenant toujours ma place, je fus sans cesse dans cette tourmente malgré sa protection me tenant toujours à ces côtés où il montrait un grand attachement en ma compagnie.
Après avoir reçu de nombreux cours sous sa direction en passant du privé au cours de masse, un jour arriva où il me dit:
"Tu es restée suffisamment longtemps, maintenant tu dois rentrer chez toi"
"Sinon, tu te trouveras dans une situation de non-retour"
"Pato san, aujourd'hui tu dois rentrer" me disait-il tout en insistant autour d'un repas frugal que son fils nous servait avec des plats délicieux comme bien souvent.
Une larme apparut et j'avais du mal à me retenir, je ne voulais plus partir: "quelqu'un t'attend là-bas en FRANCE disait-il"
"Tu as le niveau pour enseigner tout ce que je t'ai appris: tu es une des meilleures de ma formation en AIKI-KEN-AIKI-JO!"
"L'Aiki est en toi et tu dois l'enseigner afin que ce savoir ne tombe jamais dans l'oubli : c'est l'AIKI du fondateur à IWAMA".
Je sais que tu ne pourras rien faire d'autre que d'enseigner ta passion, cela deviendra ta vie tout en développant TAKEMUSU AIKI: la compréhension, l'essence de l'Aïkido d'aujourd'hui.
Dans ce repas, oh combien frugal et généreux, il décida de fixer une date afin d'organiser une grande fête en mon honneur pour fêter définitivement mon départ.
Après avoir pris un billet d'avion en compagnie d'un Japonais pour mon retour, il organisa une fête majestueuse où la veille il fit venir le doshu de l'époque Kishomaru UESHIBA, lui informant de mon départ en montrant mes autorisations afin de développer l'enseignement qu'il m'avait professé sous le nom de TAKEMUSU AIKI en FRANCE.
Durant cette fête hors du commun, il dit: "N'oublie pas de revenir chaque année afin d'entretenir une visite de courtoisie et d'être au courant des évolutions tout en te
perfectionnant!"
Je partis le lendemain de bonne heure et il m'accompagna personnellement dans sa voiture à la gare et là devant le quai avec une entorse naturelle à la règle:
"Nous nous enlaçâmes longuement et moi versant des larmes en suffoquant, jusqu'à ce que le train arrivât et nous nous séparâmes le cœur gros.
Voilà l'ambiance du séjour que j'ai vécu au JAPON en étant la seule occidentale en EUROPE à être restée aussi longtemps en tant qu'uchi-deshi, élève ayant élu domicile et vivant au côté de son maître Morihiro SAITO en toute circonstance.
Voici quelques anecdotes de ce temps-là afin de vous mettre dans la compréhension de cette ambiance:
Cela faisait peu de temps que j'étais à IWAMA, lorsqu'un jour, me trouvant non loin du shokudo et n'ayant pas vu arriver Sensei, ce matin-là, aux alentours de 9h j'entendis un cri (Ki-ai), suivi d'un bruit.
À mon grand étonnement, je vis une télévision en marche dans les airs, puis retomber par terre pour se casser en morceau.
Je me précipitais en direction de l'évènement et là un nombre restreint d'uchi-deshi presque au garde à vous écoutaient la remontrance de Sensei dire:
"Vous vous couchez trop tard le soir et vous perdez le mental de l'Aiki, ce que vous êtes venu faire ici!"
"Ici, ce n'est pas un hôtel ni un centre de vacances, je demande plus de sérieux et d'entraînement dans vos agissements et d'étudier vraiment l'Aiki de O'SENSEI!" Puis il repartit chez lui sur son vélo.
Abasourdis, tout en nettoyant les débris que nous ramassions pour les mettre à la poubelle lorsqu'il resurgit pour nous expliquer les détails dans lesquels il fallait affecter les débris dans les diverses poubelles prévues à cet effet.
Puis réparer la prise de courant car lorsque la rallonge électrique était dans les airs, elle a arraché la prise de courant!
C'est pour cela que la télévision a marché en l'air.
Le calme revenu, nous partîmes tous dans des coins différents pour nous entraîner afin d'honorer notre comportement studieux.
Un autre jour dans le même cas, nous nous trouvions dans le shokudo en train de déjeuner lorsqu'il arriva avec un grand sourire pour voir ce que l'on faisait et tout de suite, le sempaï du moment lui ouvrit la porte.
Puis il dit: "un saké s'il vous plait!", on lui offrit rapidement et lorsque voyant le verre ébréché, il se mit à le casser en le jetant par terre avec son contenu.
Puis il se mit à faire l'inspection de toute la vaisselle, dont la majorité finit par terre car une grande partie était ébréchée.
Alors le grand sermon commença : "J'ai mis à votre disposition une vaisselle non-ébréchée et vous ne faites pas attention parce que cela ne vous appartient pas!"
"Ici au JAPON, on ne mange pas comme des cochons, veuillez adopter notre culture et la respecter"
"Et il est inutile d'influencer notre civilisation. Ici n'est pas la même façon que l'occident (généralement et toujours accompagné de ces mots damés, damés, damés) il faut être plus attentif à ce que vous faites si vous voulez progresser"
"N'oubliez pas d'acheter une nouvelle vaisselle et d'en prendre soin"
Nous voilà repartis à ramasser les débris et les mettre dans la poubelle approprié.
Ensuite nous nous sommes cotisés et nous avons été acheter une nouvelle vaisselle sans oublier d'acheter un beau gâteau pour montrer notre gratitude.
Un jour où parmi les occupations diverses, Sensei dû s'absenter et il me dit:
Tu t'occuperas du déjeuner pendant mon absence à tous les uchi-deshi.
Me trouvant dans le restaurant de son fils où il nous faisait régulièrement à manger, je décidais de prendre des pommes de terre des oignons, des œufs et faire une bonne omelette pour 10 personnes, bien servie.
Ne voilà t-il pas que Sensei, par cette odeur alléché, arriva sur son vélo, entra précipitamment à nous faire prendre une crise cardiaque en répétant inlassablement de sa voix forte:
"Ici on est au JAPON à IWAMA, il est interdit de faire la cuisine occidentale dans cet endroit à YAMA BICO (nom du restaurant japonais que son fils utilisait en dehors des moments qui nous étaient impartis).
Dans cette cantine provisoire du moment, Sensei décida parfois pour une période courte que les uchi-deshi pouvaient s'y restaurer.
Mal m'en pris: il sortit du frigidaire un grand bol de riz de la veille en nous invitant fortement à le finir.
Les autres uchi-deshi n'avaient plus faim et n'étaient jamais responsables en toutes circonstances, c'était à moi que revenait la faute et de me faire respecter.
Lorsque les autres uchi-deshi partirent après le départ de Sensei, il revint en me faisant comprendre de finir le saladier de riz car on ne jette pas la nourriture et cela faisait plus d'une journée qu'elle était dans le frigo et moi la responsable devait finir le bol au lieu
de faire une omelette à la provençale.
Il faut savoir que l'emploi du temps n'était jamais fixe.
Seulement les cours de tous les jours étaient à heures régulières, mais en dehors du temps tout était prévisible, chaque jour, 7 jours sur 7, et rien ne pouvait être envisageable, il fallait constamment être présent ou bien partir.
Alors qu'un jour, je m'entraînais avec Sensei au lancer de shuriken en privé, qui était une marque de récompense de mon assiduité à mon travail, Sensei fut interrompu lors de ma séance pour partir précipitamment.
Seule je continuais sous ces indications à m'entraîner à perfectionner ma précision du lancer ainsi que la distance.
Ne voyant pas le temps passer et voyant quelques Japonais arriver tôt, je me précipitais pour aller vite faire l'entretien du dojo, en laissant le tatamis qui servait de cible appuyé contre l'arbre pour aller m'occuper du kamisama, enlever la poussière et mettre un
semblant d'ordre dans le dojo.
Le cours se déroula comme d'habitude à 19h avec une intensité que seuls les adeptes peuvent comprendre.
Le cours terminé, Sensei d'une voix grave m'appela pour m'emmener sur les lieux où je m'entraînais au shuriken auparavant.
À ma grande surprise, le vieux tatami qui était sur une table contre l'arbre qui servait de cible était tombé sur une voiture en stationnement tout prêt.
Le tatami avait tordu le rétroviseur et l'antenne d'une belle voiture de marque japonaise.
Sensei dit: tu es responsable des dégâts et je t'avais dit de t'entraîner dans le secret et de ranger le tatami à chaque fois.
Tu dois payer les réparations de la voiture du sempaï et vous vous arrangerez pour les modalités.
Le sempaï japonais qui ne m'appréciait fort peu depuis longtemps suite à la position que j'occupais eu la maladresse dans son attitude de laisser trahir un rictus de contentement, voyant dans cette opportunité une situation rêvée tourner à son avantage et me mettre dans
l'obligation de devenir dans cet instant son vaguemestre.
Sensei s'aperçut tout de suite de cette rivalité entre nous et nous dit:
"Quel grade avez-vous Pato san? "Sandan", lui dis-je d'un air étonné.
"Et vous mafiajasan?", "Yondan", dit-il.
"Ah bon! C'est donc toi le sempaï le plus gradé donc le plus intelligent théoriquement, alors tu ne sais pas qu'il ne faut pas mettre la voiture devant un obstacle dangereux!
"Tu aurais dû mettre la voiture un peu plus loin afin d'éviter ce problème!"
"Donc vous êtes responsable tous les deux de ce qui est arrivé, c'est donc une équation nulle et les tords son partagés, que chacun rentre, sans autre forme de procès, bonsoir!"
Nous nous regardâmes et moi d'un sourire qui naturellement en disait long, je m'inclinais en lui souhaitant à mon tour une bonne soirée !
Nous n'avions jamais été amis dans les circonstances de cette vie à IWAMA et nous nous sommes jamais redevenus amis et cela pour toujours.
Puis un autre jour, m'affairant à préparer le déjeuner ainsi que de mettre la table sous l'autorité du fils de Sensei pour les autres uchi-deshi : selon les périodes, nous étions plus ou moins nombreux: une bonne vingtaine l'été à deux ou trois l'hiver.
Lorsque la préparation fut terminée, ma responsabilité était d'aller les chercher afin qu'on puisse se mettre à table.
Dans le même temps, son fils s'éclipsait, me laissant seule dans cette responsabilité de la gérance de toutes ces personnes.
Je devais me faire respecter afin que les deshi arrivent pratiquement ensemble pour pouvoir ouvrir le repas.
Je devais calculer ce que les personnes mangeaient afin d'éviter trop de pertes.
Au cas où ils n'en voudraient plus, j'étais responsable et je devais finir les restes.
Vous ne pouvez pas vous imaginer la pression qu'il fallait faire en cas de refus!
Regards sévères qui en voulaient dire long sur les conséquences!
Attitude frôlant le conflit verbal prêt à se mettre à exécution.
Une fois à table, je devais ouvrir le déjeuner par une phrase en japonais (itatakimass) bon appétit répété par tous.
Personne ne devait commencer le repas sans que je le dise.
Je devais régler le temps où personne ne devait trop s'attarder afin de ne pas rester trop longtemps à table, réglant ainsi le temps afin toutes ces personnes puissent finir en même temps que moi.
Ensuite, le repas fini, je terminais toujours par cette phrase polie :
"goshisso sama desshta" qui voulait dire: merci pour ce bon repas, même s'il n'était pas bon.
Voilà l'ambiance, puis vint la distribution des tâches ménagères à faire, que je devais répartir entre toutes les personnes présentes, ce qui était un âpre sujet de discorde!
J'étais la seule responsable à donner cette planification et surtout à la faire exécuter correctement et sans histoire, sans conflit, chose difficile à faire.
Dans le cas contraire, il m'incombait d'assumer tout l'entretien, ce qui mettait Sensei dans tous ces états pour mon manque d'autorité dans cette gestion.
Un jour, ordonnant à une personne de faire la vaisselle avec un processus japonais bien particulier que j'avais appris antérieurement, je me suis trouvée dans un refus persistant d'une personne qui partait régulièrement vaquer à ces occupations sans se soucier de ce que je lui disais de faire.
Malgré mes regards et mes attitudes en tout genre, rien n'y faisait pour le faire fléchir.
Il pensait que je n'aurais aucun moyen pour lui faire entendre mon autorité.
Je mis trois jours à réfléchir pour pouvoir résoudre cette situation car il fallait garder ma crédibilité vis-à-vis de tout le monde, au risque de la perdre.
Le troisième jour, je remis le même contexte et lui il se leva pour partir comme d'habitude lorsque je me suis mise à crier fort, entraînant Sensei non loin de là dans la précipitation pour voir ce qu'il pouvait bien se passer.
C'est alors que je dis à Sensei tout gentiment, tout va bien ce n'était qu'un test pour s'entraîner au ki-ai, tout en disant en montrant du doigt à la personne de bien vouloir faire la vaisselle sans attendre en lui donnant une pile de vaisselle en l'accompagnant vers
l'évier.
SENSEI sourit, voyant que tout se passait bien et partit aussitôt sans approfondir la situation puisque tout allait bien.
Et cette ambiance, 7 jours sur 7 et tout le temps.
Un jour du mois de novembre ayant obtenu mon visa par Sensei pour pouvoir prolonger mon séjour, j'avais élu domicile dans la chambre de 0'SENSEI MORIHEI UESHIBA.
Sensei voulut me récompenser ou me préserver de la cohue qui régnait avec les garçons uchi-deshi, afin de me mettre un peu de confort dans mon séjour.
Je devais bien sûr entretenir la chambre d'un ménage quotidien ainsi que les abords.
C'est alors qu'une nouvelle étape commença, dans la culture japonaise d'uchi-deshi:
Je devais m'habituer à dormir sans réveil juste avec l'intuition parce que Sensei ne venait jamais à heures fixes roder dans ces parages.
Je devais être prête pour venir à ces côtés l'aider à faire diverses tâches du moment.
Il fallait faire assez vite afin de ne pas le laisser attendre pour montrer ma dévotion entière et de comprendre ce qu'il voulait que je fasse.
Je devais par ce fait apprendre à être prête tout en dormant que d'un œil tout en me reposant.
J'effectuais jour après jour cet entraînement que l'on acquiert naturellement par la force des choses abandonnant tout confort matériel en laissant son intimité au strict minimum.
Le nettoyage de la chambre du fondateur s'effectuait par un processus méticuleusement déroutant lorsque l'on est occidental et de surcroît expéditif.
Leur culture dans cet entretien nécessitait des soins particuliers, ce qui donnait un cachet respectueux.
Il y avait trois balais et il ne fallait pas se tromper.
Le premier dans l'ordre de l'exécution était pour le devant de l'alcôve que l'on appelait le kotodama, un petit balai léger et doux afin de vous obliger à faire le ménage respectueusement en se courbant pour monopoliser votre attention car le balai assez court et fragile afin de vous mettre dans cette situation à cet endroit où le fondateur en ce
temps était là.
Ensuite un autre balai plus grand cette fois très agréable comme pour vous remercier de la tâche que vous venez d'accomplir précédemment et vous encourager à nettoyer les tatamis: il était de consistance douce afin de ne pas heurter le revêtement en paille. Pour finir, une petite
balayette rude munie d'une petite pelle pour tout ramasser et l'évacuer dehors.
Puis vient le dernier balai plus robuste pour évacuer dans la nature avec énergie tout ce qui était devant l'entrée de la chambre dont le plancher était en bois.
Ensuite, c'était la corvée de nettoyage avec des chiffons sur le même principe, un différent à chaque étape que je viens de vous narrer.
Ceci 7 jours sur 7, tous les matins avant que Sensei n'apparaisse, de préférence.
J'ai eu beaucoup d'histoires en ce lieu qui a fait ma formation.
Mélangeant la vie moderne avec un système parfois digne du moyen âge.
La liste de ces aventures est longue, des plus belles aux plus tristes, voire indignes de toute moralité conventionnelle en ce XXIème siècle !
Tenez, dans mes souvenirs, il me revient une histoire abracadabrantesque, où ce jour-là, Mr Cl LAM, un homme fort distingué et très avenant voulut lors de son séjour de courte durée marquer son passage en voulant improviser une petite fête pour faire plaisir à tout
ce joli monde qui souvent se tiraille.
Il partit en vélo le cœur sur la main avec sa générosité qui lui est propre, acheter à boire et à manger pour apporter un air festif à toutes ces personnes tristes, dont la promiscuité faisait perdre les repères élémentaires du savoir-vivre en ce lieu médiéval.
Tout en roulant bien à gauche dans le civisme Japonais, la route était recouverte de dalles de béton sur le bas-côté afin de masquer le tout-à-l'égout qui circulait en dessous.
Il pensait dans sa haute sphère que les dalles posées le long de la route étaient posées de façon continue et permanente.
Or, parfois ces dalles étaient absentes pour des travaux d'entretien, laissant apparaître le caniveau de 1 mètre de profondeur ou coulait une eau visqueuse avec des éléments peu appétissants.
C'est alors que le sol se déroba sous ces roues et le pauvre et c'est peu dire, fit une embardée, tomba et glissa à l'intérieur du caniveau où il fut stoppé par l'autre dalle qui était à sa place quelques mètres plus loin, juste à la hauteur du visage!
Le choc fut terrible et le mot n'est pas assez fort pour décrire les dégâts!
Un passant qui se trouvait non loin de là alerta le dojo, comprenant la situation, ce qui provoqua une hospitalisation urgente avec un coma suivi d'une fracture de la mâchoire et une dentition en piteux état!
Je dû accompagner Sensei à l'hôpital afin de lui rendre visite en me rendant compte à l'évidence qu'il était dans un piteux état et de surcroît dans un endroit où les soins étaient négligés en constatant le nombre de pauvres bougres qui s'y trouvaient.
On pouvait croire que ces personnes étaient en fin de vie, où il ne fallait plus espérer grand chose, tant l'absence de soins était flagrante.
J'appris à ma grande surprise qu'au JAPON qu'il n'y avait pas de sécurité sociale comme chez nous en France et donc pas de prise en charge comme chez nous.
En tant qu'étranger, lorsque vous êtes hospitalisé vous devez avoir souscrit à une assurance privée pour être rapatrié!
Or, dans ce cas, ne pouvant être rapatrié immédiatement, il fut acheminé dans un centre d'urgence chez les nécessiteux afin d'être rétabli pour ensuite rentrer en avion.
Il fut donc transporté automatiquement dans une clinique où le manque de soin, et la négligence sont les règles dans ce pays du soleil levant lorsque vous n'avez pas souscrit à leur sécurité sociale.
Alors, imaginant une stratégie, je dus dire à Sensei que cette personne à laquelle il ne prêtait aucune attention était une personne importante au sein d'une compagnie pétrolière et que les conséquences seraient graves par la suite des événements qui pourraient survenir si on le laissait dans cet état.
Il fut mis tout de suite dans un autre hôpital de meilleure qualité où on lui promulgua des soins mieux appropriés pour son rétablissement.
Après un séjour de 4 semaines environ, il fût mis sur pied pour pouvoir rentrer chez lui en avion afin de poursuivre son rétablissement définitif.
Content de partir définitivement en essayant d'oublier sa mésaventure avec une certaine amertume et déçu de ne pas avoir accompli l'improvisation de son aventure.
Il écrit plusieurs fois à Sensei ne comprenant pas très bien les aboutissants relationnels pour le remercier malgré tout du bon déroulement, mais celui-ci ne lui répondit jamais.
Après quelques années, il voulut me retrouver car il tenait à me remercier et poussé aussi par la curiosité de voir ce que je devenais.
Puis chemin faisant après notre rencontre, séduit par mes cours, il fut un fervent pratiquant d'AIKIBUKIKAI, où à travers nos entraînements, nos relations aboutirent à une grande amitié.
Mais, dans le même genre, je vais vous raconter une autre histoire tout aussi insolite que la précédente qui s'était déroulée à IWAMA.
J'assistais un beau matin à la leçon d'armes comme d'habitude lorsqu'un Japonais puissant en muscle et bien bâti, mais maladroit, fut réprimandé par Sensei par sa façon incorrecte d'exécuter un mouvement.
Il tenait très mal le jô sur la technique Katate-gedan-gaeshi-uchi.
Il faisait très mal le mouvement et n'arrivait pas à saisir la subtilité de l'exécution de son mouvement.
Il coordonnait très mal l'exécution de son mouvement, où la comparaison avec Pinocchio était forte.
Alors Sensei arrêta le cours et l'invita dans une répétition à faire son mouvement sur son jô qu'il tenait fermement en position de ken-kamae.
Nous regardâmes tout autour, de-ci de-là, le spectacle qui nous était offert.
Et là, le pauvre bougre acharné exécuta son mouvement sans relâche pour atteindre le jo de Sensei qui le tenait fermement.
Agacé, il redoubla avec une énergie débordante de réalisme, lorsqu'il finit par atteindre le jô de Sensei d'une telle violence que son jô se cassa en deux morceaux.
Je me trouvais non loin de là à 10 mètres tout au plus lorsque le morceau partit dans les airs tournant comme un boomerang pour finir sur mon arcade sourcilière !
Je tombais au sol évanouie pour me réveiller à l'hôpital avec un grand pansement sur l'oeil avec le coupable à mes pieds en train d'implorer le ciel !
Un spectacle peu ordinaire où je ne comprenais pas du tout ce qui se passait à mon réveil, il ne cessa de me remercier et m'offrit un tas de friandises.
Il était très content et soulagé que je sois éveillée.
Le docteur arriva sur les entre faits, constatant qu'il y avait plus de peur que de mal et je sortis de l'hôpital avec un magnifique oeil au beurre noir.
Arrivée au dojo en compagnie du responsable, il m'emmena auprès de Sensei pour constater que j'allais bien.
Sensei lui parla et puis je m'en retournais avec lui vaquer tant bien que mal à mes occupations du dojo, lorsqu'il m'interpella.
Il voulait à tout prix me donner une belle somme d'argent en guise de dédommagement afin de réparer cet incident.
Je ne compris pas et je refusais simplement, mais il insista lourdement en m'implorant, me suppliant d'accepter ce don.
Devant une telle insistance, je finis par céder en acceptant l'enveloppe remplie d'argent tout en le remerciant, étonnée, me demandant si son comportement est normal, mais à ce moment-là je ne comprenais toujours pas.
Le lendemain, il partit discrètement et nul ne le revit.
J'appris par la suite que lorsque l'on commettait une telle faute, son acte devait impérativement être réparé afin de blanchir son honneur.
Il devait payer tous les frais occasionnés, y compris les frais d'hôpital d'où le soulagement de ce court séjour.
Dans son éducation, il était déshonoré par sa maladresse et il ne pouvait affronter mon regard, il se sentait humilié, il devait partir.
Je ne le revis plus jamais.
Les jours passèrent, les semaines et les mois, où chaque jour fut orchestré d'événements inattendus, parfois bien agréables et parfois moins selon la situation que j'occupais en ce temps-là.
Seul Sensei veillait à tout et j'étais toujours là mangeant très souvent avec lui aimant tout ce qu'il aimait sans jamais m'opposer ni dans son attitude ni dans son analyse ni dans les circonstances dans lesquelles il me mettait.
M'entraînant sans relâche comme il me le demandait avec des intensités qu'il lui appartenait d'analyser.
Le courant passa très bien entre Sensei et moi et je pus apercevoir à travers ma formation le chemin qui mène à la compréhension de l'AIKI.
Cette sanction qui permet d'entrevoir ce chemin vous donne la passion d'aller toujours plus loin.
La réussite de ma formation dans mon séjour, je le dois à la compréhension dans la faculté d'adaptation instantanée sans me poser la question du pourquoi.
-Oui et le faire sans rien dire et sans relâche.
-Faire et remercier sans avoir de préjugés.
-Toujours faire et remercier sans laisser la place à un doute, ni arrogance, ni abandon, et toujours montrer une grande gratitude envers l'autre.
Dans ces chroniques j'ai choisi quelques aventures type afin de vous décrire l'ambiance qui régnait à cette époque.
Bien d'autres histoires des plus rocambolesques aux plus farfelues seront publiées ultérieurement dans les chroniques d'AIKIBUKIKAI.
Patricia GUERRI est restée uchi-deshi, élève demeurant au Dojo avec
Morihiro SAITO SENSEI à IWAMA JAPON durant 3 ans.
Elle a suivi son enseignement durant 12 ans à travers ces nombreux
voyages au JAPON et a assisté à de nombreux séminaires de 1985 à 1997.
Elle reçu de MORIHIRO SAITO la 2ème, 3ème, 4ème et 5ème Dan IWAMA RYU
plus AIKIKAI de TOKYO.
Elle reçu la 6ème Dan, et les 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5eme degrés
d'armes AIKI-KEN, AIKI-JO.
Elle reçu en 1992 une autorisation de SAITO Sensei de délivrer jusqu'à
la 3ème Dan IWAMA RYU et AIKIKAI de TOKYO.
Un certificat AIKI SHUREN DOJO écrit par SAITO Sensei signifiant avoir
bien reçu l'enseignement de TAKEMUSU AIKI, l'essence de l'AIKI du
fondateur, l'autorisant à dispenser cet enseignement.
Une calligraphie de 1,50m de long accompagnant le certificat fut reçu
en mains propres lui demandant de développer TAKEMUSU AIKI en France.
En 1997, Pat GUERRI tomba dans un guet happent médiatique qui
entourait SAITO Sensei afin de l'influencer et de m'écarter.
Depuis, et avec son accord, j'ai marqué mon indépendance et fondé
AIKIBUKIKAI.
Aujourd'hui ces mêmes personnes ont trahi le fils de SAITO Sensei, d'où
la raison pour laquelle il y a une multitude d'écoles se réclamant de
SAITO Sensei.
Pat. GUERRI, le 23/O8/2007.
PROCHAINE CHRONIQUES:
Les débuts en France du développement de TAKEMUSU AIKI à IWAMA RYU
pour finir AIKI BUKIKAI.
SUJET PASSIONANT, ISSU DES INTRIGUES MEDIEVALES DIGNES DU MOYEN AGE
DANS NOTRE TEMPS MODERNE!
- Les débuts en
France
- L'arrivée
à
Tokyo
- La rencontre avec
Morihiro Saito et les premiers
jours à Iwama
- La compréhension de l'entrainement privilégié d'une Uchi-Deshi
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