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- Les débuts en
France
- L'arrivée
à
Tokyo
- La rencontre avec
Morihiro Saito et les premiers
jours à Iwama
- La compréhension de l'entrainement privilégié d'une Uchi-Deshi
3 - La rencontre avec Morihiro Saito et les premiers
jours
à Iwama
Devant la porte dans une courette ornementée
de bonsaïs de différentes tailles se tenait une table
avec des chaises et juste à côté de la porte
d’entrée, un autre grande table basse peinte en bleu de 2
mètres sur 1 mètre environ.
Arrivée à quelques pas devant la porte, je
déposais mes bagages à terre, me libérant ainsi de
mes efforts afin de garder toutes mes facultés pour cette
rencontre tant attendue.
Monsieur PR se dirigea vers la porte pour s’annoncer en l’interpellant
pour signaler notre présence: une voix autoritaire
répondit à l’interpellation, puis la porte s’ouvrit.
Un homme plutôt grand bien bâti de 1m80 environ au visage
carré apparut avec un large sourire dans l’encadrement de la
porte qui le mettait en valeur, telle une peinture de
Maître dans son encadrement.
Il baissa la tête respectueusement pour nous dire bonjour,
tandis que M. PR et moi-même en faisaient de même en le
saluant respectivement, M. PR annonçait le but de notre
visite dont il avait parlé quelques heures auparavant au
téléphone.
Me trouvant devant lui à peine à quelques pas, ne pouvant
m’empêcher de montrer ma satisfaction dans mon éducation
naturelle, je suis allée l’embrasser, afin de
montrer mon enthousiasme de cette rencontre tellement
désirée.
Je fus retenue fermement in-extremis par M. PR, après avoir
frôlé le Maître de maison en le bousculant
légèrement par mon déséquilibre, lorsque
j’entendis sa grosse voix dire : « DAMÉ ! ,
DAMÉ ! » ce n’est pas bien, ceci est incorrect.
Puis il se mit à parler avec des phases très courtes que
M. PR me traduisait instantanément :
« c’est une attitude incorrecte, Madame
PATORICIA ! »
Tiens, il connaît déjà mon nom ! (bien
sûr, M. PR lui avait parlé de moi !)
Me ressaisissant, car j’étais un peu pétrifiée et
honteuse d’avoir agi aussi facilement envers lui, je me trouvais donc
presque dans l’attitude de culpabilité douteuse.
C’est alors que dans un mauvais garde-à-vous tout en inclinant
la tête de culpabilité et de désarroi,
j’attestais mes excuses dans cette maladresse devant ce
personnage imposant.
Cela aurait pu se passer presque bien quand il enchérissait
encore plus fort :
« DAMÉ !, DAMÉ ! »
À cet instant, il se précipita sur mes bagages et prenant
un chiffon qui se trouvait non loin de là, il se mit à
les essuyer en dessous, puis il les mit sur la table, le tout en
quelques secondes d’un air agacé.
M. PR et surtout moi-même étaient complètement
abasourdis par la surprise de cette attitude, et moi devenant
peureuse j’étais en train de me demander qu’est-ce que je fiche
ici : dois-je partir !
Je n’ai pas eu le temps de réfléchir longtemps que la
traduction simultanée arriva : « Ici au JAPON
nous avons une culture différente de l’occident : nous ne
mettons pas nos bagages par terre, je vous demande de respecter
notre culture »
Je le regardais avec des grands yeux atterrés pour savoir s’il
plaisantait, mais non, apparemment il avait l’air sérieux.
Puis il reprit son sourire, ce qui me rassura de nouveau et M. PR me
traduit que j’étais la bienvenue et que l’on allait s’occuper de
moi.
Il appela une personne avec sa voix qui portait comme un écho,
et un Japonais qui observait non loin de là arriva
précipitamment avec des petits pas selon sa culture
morphologique, s’inclina devant Sensei, l’écouta, puis nous
invita à partir dans une autre direction après
s’être inclinés solennellement à la Japonaise pour
montrer là fin de notre entrevue.
Me voilà partie avec le Japonais et M. PR dans la direction
où résidaient les uchi-deshi.
Pendant que M. PR marchait avec le Japonais qui avait pris mes bagages,
je me disais dans ma tête : quelle drôle d’histoire de
faire tout un plat pour une bise et des bagages posés par
terre : il m’a foutu drôlement la trouille.
Qu’est-ce que cela puisse bien lui faire, car ce sont mes bagages et
puis à mon âge, les hommes et les femmes aiment bien
s’embrasser, non ?
Enfin, quel drôle de comportement tout en regardant le Japonais
qui transportait mes bagages, je pensais qu’il était
anormalement foutu à courir avec des petits pas !: c’est
mieux de faire des grands pas, me disais-je dans ma
tête : quelle drôle d’attitude ils ont dans ce
pays!
Arrivée devant le dojo, une table bleue identique à celle
qu’il y avait devant la maison de Sensei se trouvait là et le
Japonais y déposa mes bagages.
Alors, l’interrogation douteuse que j’avais eu quelques instants
plus tôt se dissipa par la conviction qu’au JAPON, on
met bien les bagages sur la table, tout du moins ici avec Sensei,
à IWAMA, petite ville traditionnelle du JAPON!
À peine arrivés, Sensei déboula en vélo, le
mit sur la béquille et parla au japonais qui se précipita
non loin de là, dans un local qu’on appelait le SHOKUDO
pour lui ouvrir la porte.
C’est une grande pièce, où tout le monde se réunit
et où l’on y prend les repas en commun et y prépare le
thé ainsi que différentes boissons selon les
goûts : une sorte de grande cuisine à tout faire.
Sensei nous invita à le suivre en passant devant, M. PR et le
Japonais lui emboîtant le pas précipitamment pour aller
lui ouvrir la porte coulissante et moi derrière en suivant.
En entrant, il s’adressa à moi en faisant un geste pour me
signifier de fermer la porte avec un sourire et m’asseoir sur le banc
dans un langage qui devrait être très poli vu son
intonation.
Sa gentillesse affable faisait tomber la pression, tout en insistant
devant mon hésitation, je finis par m’asseoir.
Un peu terrifiée par mes maladresses précédentes,
je finis par prendre place timidement, sur le bord du banc qui
entourait une table de 10 mètres de long sur 0,80m de large
environ.
Aussitôt assise au bord du banc, long de deux mètres
environ, où mon poids mal équilibré par rapport
à sa structure, je vis avec inquiétude le bout se
soulever, me déséquilibrant et me mettant à terre
sans autre forme de procès.
En ce lieu, je vis Sensei rire, rire beaucoup, c’était beau
à voir, et moi naturellement ahurie, penaude,
récupérant mon équilibre tout en remettant de
l’ordre dans mes idées, je fus aidée par je Japonais
à me relever correctement.
Tout en remettant le banc en place avec le Japonais, je fus
invitée de nouveau à m’asseoir au milieu du banc avec
indulgence pour ma maladresse.
J’étais très penaude après cette malencontreuse
aventure, puis tout ce joli monde reprit rapidement une attitude
plus sérieuse oubliant ce qui s’était passé.
Dans cette grande pièce était disposé un
grand tableau noir d’écolier de 2 mètres carrés
environ, des meubles de cuisine dans un état de rafistolages
avancés, une télévision et une mini chaîne
HI FI.
Une bouilloire en aluminium remplie d’eau chauffait et le Japonais
s’empressait de mettre les tasses, préparer la
théière, puis il servit Sensei, ensuite
nous trois, dans un thé vert aux arômes gratifiants.
Tout en buvant le thé, M. PR qui faisait le traducteur en
me disant:
« Sensei vous demande si vous avez fait un bon voyage? Et
comment vous avez connu le Dojo d’IWAMA? » .
Puis une multitude de questions, toujours traduites par M. PR :
« Comptez-vous restez longtemps? »
Et les questions continuaient à fuser, au point que je me
demandais où il voulait bien en venir.
« Est ce que vous avez les moyens pour subvenir à vos
besoins ? »
Tout en testant le degré de motivation et mon
comportement, je me disais :
Décidément dans ces interrogatoires, il veut tout
savoir ! Dans mon pays en France, l’on ne pose pas tant de
questions lorsque l’on se fait inscrire dans un dojo, ceci est impoli,
tout au plus un certificat médical, me disais-je.
« Avez-vous beaucoup d’argent ? car la vie est
chère ici au Japon »
Tout en traduisant, M. PR, me signifia que les conditions pour
être élève interne (uchi-deshi) sont de 100.000 Yen
par mois, comprenant l’entraînement, le logement et le petit
déjeuner plus vos frais personnels, cela vous convient–il ?
Mon hochement de tête indiqua mon consentement.
Puis il se mit à parler au japonais, Mucon san, qui devait
préparer mon emménagement à demeure.
Lorsque Sensei voulut partir pour prendre congé, Mucon san, le
Japonais, se précipita pour lui ouvrir la porte, nous lui
emboîtâmes le pas avec précipitation tout
en l’accompagnant à son vélo, il nous
regarda avec un sourire en disant : « à
l’entraînement de 19h ! », traduit par M.
PR.
Une fois Sensei parti, M. PR me dit : « je crois qu’il
vous aime bien car votre arrivée malchanceuse et peu ordinaire
dans votre attitude cocasse et désinvolte dans le spectaculaire
lui a plu.
D’autant plus que votre tenue vestimentaire inadaptée ne
laissait rien de prévisible de vos intentions dans une
attitude réfléchie.
Cette attitude et votre comportement l’ont séduit et a fait de
votre première rencontre un succès, une curiosité
qui a attiré son attention pour une drôle de dame
motivée.
Généralement, les personnes qui viennent sont averties de
la démarche à prendre et connaissent ce qu’il faut faire
dans leurs attitudes et tenue vestimentaire.
Mon écoute fut interrompue par l’interpellation de Mucon san qui
me sollicita de le suivre.
Nous arrivâmes devant un autre bâtiment que l’on appelait
« red room » (salle rouge) parce que
l’intérieur avait une dominance rouge et prononcée en
anglais reste un mystère!
Après avoir ôté mes chaussures pour entrer, tout de
suite le Japonais m’interpella pour bien les ranger en direction
de la sortie, côte à côte.
Voilà donc l’ignorance de mon attitude se poursuivre, je le
suivais dans le fond de la pièce où il y avait un
monticule de couverture et affaires rassemblées, de quoi faire
un paquetage pour séjourner à peu près
convenablement dans ce lieu inconfortable au plus large du terme, aux
milles péripéties IWAMA DOJO.
Après avoir distribué couvertures, draps, oreiller et
futon (sorte de matelas léger et pliable), nous nous
dirigeâmes dans une autre pièce non loin de là
qu’on nommait le petit chokudo.
J’ai donc enlevé de nouveau mes chaussures, puis les ai
placées correctement côte à côte dans le sens
de la sortie et alors il se mit à sourire tout en m’invitant
à le suivre, pour me montrer l’endroit où je
devais m’installer provisoirement durant le séjour.
Ensuite, il me fit visiter cet endroit spartiate au confort
rudimentaire où, dans le fond se trouvait la chambre du
FONDATEUR.
Puis, avant de repartir il me montra les toilettes où il
surenchérit d’un air narquois en disant :
« toilettes O’ SENSEI »
En fait, j’avais élu domicile dans la petite maison attenante au
dojo où vivait O’SENSEI !
Je me disais dans ma tête : il me prend pour une
imbécile en voulant me faire croire qu’O’Sensei utilisait ces
toilettes et j’étais loin de me douter qu’à cette
époque, le fondateur de l’ AIKIDO, Morihei UESHIBA utilisait
justement ces toilettes là !
Une fois dehors, M. PR qui se trouvait non loin de là tout en
supervisant le déroulement de cet entretien afin que cela puisse
bien se passer me dit: « Il est 18H30, nous devons
nous changer rapidement car le cour est à 19H »
Effectivement quelques étudiants Japonais
commençaient à arriver, tout en me disant bonsoir
en Japonais : « koum ba oua », M. PR
m’indiqua que l’endroit où j’avais déposé mes
affaires servait aussi d’endroit pour me changer.
Je me dépêchais de nouveau à enlever mes
chaussures, les mettre au bon endroit, me dirigeais au fond du petit
shokudo, ouvrir ma valise pour prendre mes affaires relatives à
mon entraînement : (gi, hakama) dans une
précipitation désordonnée en étalant toutes
mes affaires par terre pour trouver ce dont j’avais besoin, tout en
faisant le bilan de mes affaires personnelles que je
possédais.
Après m’être changée, tout en sortant du petit
shokudo, je m’approchais timidement du dojo que j’avais vu de
l’extérieur, j’entrais dans une espèce de hall,
déposais de nouveau mes chaussures correctement, entrais de
nouveau dans un deuxième hall avant de rentrer
définitivement dans le dojo.
Je fus prise en charge par un autre Japonais fort sympathique qui me
signifia avec un sourire comment s’introduire dans le dojo
d’O'Sensei MORIHEI UESHIBA, avec son salut traditionnel.
Je l’écoutais, tout en l’observant puis m’inclinais afin
de suivre toutes les instructions dans la directive de cette
éducation, il me parlait avec des gestes très calmement
comme si j’étais attardée mentalement, voire
arriérée pour bien se faire comprendre et ne pas me faire
peur avec mes 55kg.
Puis me laissant tranquille, je m’assis en seiza (une position assise
à la Japonaise), non loin de lui, en découvrant sous mes
genoux un tapis en coton couleur crème presque blanche, d’une
dureté à vous faire passer l’envie de chuter !
Une trentaine de Japonais étaient déjà là,
ainsi que quelques étrangers, mais vraiment très peu tout
au plus trois ou quatre personnes en 1985 !
Sensei SAITO arriva un quart d’heure avant le cours
d’entraînement, entrant par la grande entrée du dojo que
seul son autorité lui confère.
Dès son apparition, tout le monde s’inclina en disant d’une voix
marquant sa gratitude : «KOUM BA OUA »
(bonsoir).
Son entrée majestueuse par sa prestance occupa tout
l’espace et il se dirigea d’un pas sûr devant le KAMI-SAMA.
À, ce moment-là, il s’assit les jambes
entrecroisées, nous invitant à faire de même si on
le souhaitait, car les tapis étaient vraiment durs et 10 minutes
avant l’entraînement, cela permettait de ne pas avoir de crampe
ni d’avoir les jambes courbaturées.
Il assurait un dialogue de circonstance avec nous, sans vouloir prendre
une attitude trop rigide dans cette attente détendue avant
les quelques minutes qui nous séparaient de cet
entraînement.
Puis s’adressant à M. PR qui était présent, il lui
demanda quel était mon grade et qui me l’avait
décerné et depuis combien de temps je pratiquais.
J’avais l’impression que sensiblement on me posait toujours à
peu près les mêmes questions, mais cette fois ci beaucoup
plus de monde était informé.
« Je suis 2e dan par Maître André NOCQUET
et je pratique depuis 7 ans », répondis-je, traduit
par M. PR.
« Ah ! j’ai connu Maître André
NOQUET : c’est un des tout premier Français »,
avec un hochement de tête qui voulait en dire long.
Je sentais que tous les regards convergeaient vers moi, me regardant,
me dévisageant comme une curiosité qui me mettait
mal à l’aise et m’incommodait : j’étais
toujours en train de me demander si cela valait bien la peine de rester
dans cette ambiance à vous faire fuir.
Ma pensée fut interrompue par le commencement du cours : le
salut traditionnel que je n’ai nul besoin de vous expliquer, fut d’une
intensité digne d’une passion fanatique honorée d’une
conviction absolue à toute épreuve.
L’enseignement du fondateur était dispensé en ce lieu par
Sensei Morihiro SAITO.
Sensei se leva calmement d’un air grave presque
cérémonieux, invita un Japonais en montrant la
première technique : « TAI-NO-HENKO »
Après avoir montré le mouvement deux fois, tous les
participants se ruèrent les uns sur les autres pour s’inviter
mutuellement.
Je me trouvais toute seule, car n’ayant pas l’habitude de cette
attitude, à ma grande surprise, je fus invitée par un
aimable sourire de la part de SENSEI SAITO à participer avec un
Japonais averti qui s’appelait FOUFURIEU San, (nom volontairement
déformé). C’était un 5e dan fou furieux et
misogyne, voulant me maîtriser dans mon enthousiasme tout en
montrant sa supériorité.
Il me martyrisait dans tous les sens afin de canaliser mes erreurs
intempestives à faire prendre des coups de soleil sur toutes les
parties qui étaient en son contact.
Les brûlures qu’il m’occasionnait par son contact
étaient dignes d’un chalumeau passant du rouge au bleu
pour un découpage parfait.
Durant tout le cours, cela fut un calvaire, où mon piètre
niveau révéla des grandes lacunes et j’étais en
train de me demander s’il faisait de l’aïkido ou que sais-je
encore ?
Le cours, d’une rare intensité, me fit prendre conscience que je
n’en menais pas large dans cette baston, et de surcroît je
comprenais que mon niveau était totalement inadapté.
Tous ces mouvements mystérieux devenaient
nouveaux pour moi.
Le cours terminé par le salut traditionnel, mon partenaire me
remercia avec un grand sourire, satisfait d’avoir rempli sa
mission et d’avoir bien ridiculisé mon niveau
dans l’ignorance.
Tout en me parlant en anglais que je ne comprenais pas
très bien, alors que M. PR qui devenait mon sauveur de
circonstance, se trouvant non loin de là pour la
traduction anodine, me conseilla fortement d’apprendre l’anglais
si je voulais avoir un bon contact et une compréhension
cohérente afin de m’intégrer correctement.
Tous les participants après le cours plièrent leur hakama
et après le salut sortirent pour se changer, quelques-uns
restèrent encore un instant pour pratiquer un moment, le tout
dans une ambiance feutrée et dans un mélange d’orgueil
discret.
Chaque participant tenait à faire de son mieux sans faiblir en
montrant qu’il était le meilleur, ou qu’il allait le devenir.
Cela s’appelait communément le système de la spirale
montante : un mécanisme stratégique mental qui vous
motive pour aller de plus en plus loin vers la perfection, se surpasser
si vous avez vos propres convictions.
Après l’entraînement, Sensei était parti dans son
habitation non loin de là. Quant à moi, je flânais
à regarder quelques attardés motivés à
continuer à s’entraîner, puis je décidais d’aller
me changer pour aller voir au shokudo ce qui pouvait se passer à
21H dans cette première soirée.
Après avoir remis ma jupe-culotte rouge avec un haut assorti et
mes chaussures à talons, je me dirigeais dans ce chemin terreux
vers le grand shokudo.
Par chance, dans ma solitude, je fus interpellée par Mucon san
qui, avec un grand sourire, me guettait pour remplir les
formalités et mon sauveur, M. PR qui se trouvait non loin de
là me donna les dernières consignes et traductions avant
de repartir pour Tokyo, me laissant seule, sans repères, ne
sachant ni parler l’anglais et encore moins le Japonais !
Le temps de lui dire : « au revoir, merci et à
bientôt ! », je suivis Mucon san au shokudo pour
prendre acte des formalités à rédiger.
Nom, prénom, adresse, profession, date et lieu de naissance,
nationalité, situation familiale, niveau de ma formation et nom
de mon professeur, niveau d’étude, etc…
Ensuite vint le paiement, il me remit une enveloppe brune de la
dimension des billets et gentiment fit le compte du mois afin
d’introduire la somme requise.
Ces enveloppes, Sensei me les a remise à mon départ,
afin d’attester la durée de mon séjour : elles
sont tamponnées de son sceau chaque mois et sont
affichées dans mon bureau : 100 000 yens pour les cours et
l’hébergement, 5000 yens pour l’enregistrement, 500 yens par
semaine pour les frais d’entretien : papier de toilette,
lave vaisselle, etc.
Je lui remis la somme en espèces : «au JAPON on
n’accepte aucune monnaie étrangère ni les
chèques » et il partit les remettre à Sensei
après m’avoir fait signer un registre et après avoir
déposé l’empreinte de ma main droite tout entière.
Dans le shokudo se tenaient des étrangers : 2 Australiens,
1 Américain, un Danois au crâne rasé au contact
agréable, si je me souviens bien.
Ils m’ont invité à partager simplement ce qu’ils
cuisinaient : une nourriture assez médiocre à base
de riz complet rouge qui donnait la constipation.
Le tout mélangé avec une sorte de poulet assez
pâteux pour donner du goût, où lorsque la faim
après ce long voyage, ces péripéties et toutes ces
émotions, le repas devint un régal.
Déjà la vie spartiate s’installa tout doucement.
Ma soirée se termina aux alentours de 23h après avoir
regardé la télévision japonaise
incompréhensible qui me donna plutôt envie d’aller
me reposer.
Après leur avoir signifié un bonsoir à la
française, je partis au petit shokudo où j’avais
élu domicile provisoirement pour passer la nuit.
La nuit se passa dans un repos bien mérité et profond ou
mes contusions de la veille avaient besoin de se reposer pour me
refaire une santé.
Lorsque dans un sommeil profond, je fus interrompue au
petit matin par Mucon san qui m’interpella pour me lever :
regardant mon réveil j’ai eu la surprise de voir qu’il
était 5h30 !
À côté se trouvait un évier avec de l’eau
froide : je fis ma toilette, brossé mes dents,
coiffée hâtivement, je sorti afin de prendre part
à cette nouvelle journée.
Après avoir été invitée à boire un
café rapidement par un Australien, on me sollicita fortement
à participer aux corvées d’entretien matinales où
ma tenue vestimentaire me posa problème dans mon attitude,
laissant les regards fustigés vers moi.
La préparation de cet entretien n’était ni plus ni moins
de préparer la venue de Sensei pour notre entraînement
matinal qui devait se dérouler à 7h.
Quant à moi, je me demandais quand pourrais-je rapidement aller
m’acheter deux ou trois survêtements avec des baskets afin
d’être plus à l’aise dans ma tenue vestimentaire pour
pouvoir me baisser correctement.
Mucon san m’expliquait soigneusement par des gestes la bonne marche
à suivre pour préparer l’entretien de ces lieux
dans la façon et l’art japonais.
Il se moquait bien de moi sournoisement.
La bonne position du râteau, avec un tas de détail sur la
façon de faire à la Japonaise passant par le
respect mutuel de cette compréhension dans l’acceptation.
Toute arrogance dans cette attitude doit disparaître afin
de ne laisser la place qu’à la perception de cette soumission.
Arriva ensuite l’heure fatidique de 6h30 qui mit fin à la
préparation de cette corvée et cet exercice mental dont
Mucon san était l’expert.
Tout ce joli monde finit par partir précipitamment se
changer afin d’être prêt au cours d’armes du matin qui
commençait à 7h.
Une fois prête, je me dirigeais vers le dojo où la
règle de toujours d’enlever ces chaussures et de les mettre au
bon endroit : commençait à devenir une habitude de
la vie quotidienne.
Sensei arriva à environ 2mn avant le cours avec un large sourire
manifestant une satisfaction dans sa forme matinale, où
après le salut le Japonais Mucon san se précipita pour
lui remettre un Jo que Sensei lui avait préalablement
signifié.
Le même salut d’une grande intensité fut accompli par une
petite douzaine de personnes entre occidentaux et japonais en ce matin
de septembre.
Les soto-deshi qui venaient de l’extérieur étaient des
étudiants vivant en dehors du dojo avec leur vie propre et
n’étaient soumis à aucune contrainte du règlement
intérieur du dojo.
Après le salut, Mucon san me remit ironiquement un Jo tordu et
puis nous sortîmes avec précipitation pour nous
diriger avant l’arrivée de Sensei sur un espace que nous avions
préparé à cet effet, une sorte d’esplanade
parsemée d’arbres.
Dans la précipitation, mon Jo m’embarrassait pour me
déplacer et j’ai eu beaucoup de mal avec mon gi et mes
chaussures à talons pour me rendre sur les lieux de
l’entraînement.
Je fus interpellée aussitôt par Sensei qui me fit
comprendre de me mettre nus pieds afin de pratiquer convenablement.
Aussitôt dit, aussitôt fait : nous effectuâmes
le salut en direction de l’infini et Sensei se mit à faire le
KATA de 31 : «san-ju-ichi-no-kata ».
Je ne sais pas comment vous l’expliquer, mais ce fût une
catastrophe, où je ne comprenais rien et mon esprit était
plus occupé à regarder qu’à réaliser.
Tout le monde s’animait tel un ballet en comptant en japonais
l’exécution de chaque mouvement, où mon attitude
étonnée avait l’air d’un sabotage au milieu de cette
harmonie et l’on ne pouvait que remarquer mon attitude
défaillante.
Tout se passa comme si je n’existais pas et après que Sensei ait
montré l’application d’un mouvement avec un partenaire, les
élèves se déplacèrent vers l’âme sœur
avec laquelle ils souhaitaient s’entraîner.
Me trouvant seule sans réaction, Sensei désigna un
partenaire pour s’occuper de mon apprentissage dans cette
compréhension qui restait à faire.
Ce fut assez complexe, ne sachant ni parler anglais et encore moins
japonais, tout en m’apercevant que j’avais bien des
difficultés à comprendre, et encore plus à
m’adapter, en ayant la bonne attitude, où mon sourire qui
était mon arme de défense me rendit encore plus
ridicule.
Aussitôt Sensei voyant mon incapacité à me
coordonner avec mon partenaire, se dirigea vers moi, arrêta
l’entraînement, puis il se mit à tracer par terre
avec une canne de bambou qui se trouvait non loin de là pour
dessiner sur le sol un carré de 10 mètres de
côté environ avec ces deux diagonales.
Ensuite, me faisant comprendre l’exercice à effectuer, il se
tourna vers moi en me sollicitant à participer à
son exécution : je devais marcher sur la ligne
tracée en mettant les pieds bien l’un devant l’autre en suivant
un itinéraire bien particulier.
Je devais faire le tour du carré, puis suivre les diagonales
tout en mettant un pied devant l’autre en restant sur la
ligne : il appelait cela « Hammi »
et je devais faire des demi-tours sur place pour changer de
direction tout en restant sur la ligne.
Durant tout le cours, il ne fallait pas avoir peur du ridicule !
On aurait cru Achille ZAVATA faisant un tour
d’équilibriste !
J’étais en train de me demander pourquoi s intéressait-il
à moi tout en étant sérieux?
Au bout de 45mn, le cours arriva vers la fin, lorsqu’il intervint
en me disant que mes déplacements laissaient trop
d’empreintes de pieds sur le sol et que mon poids était
très mal réparti.
L’exercice consistait à laisser le moins de traces possibles sur
le sol tout en ayant une bonne assise.
« Dorénavant, ce sera votre exercice matinal
jusqu’à ce que vous ayez acquis une certaine
maturité naturelle dans vos déplacements:
voilà la canne de bambou » disait-il,
« pour que vous refassiez le dessin de votre exercice :
vous ferez ainsi jusqu’à ce que je le juge utile ».
Cette situation dura une semaine tous les matins à l’heure du
cours, plus durant la journée.
Après une heure, le cours se termina avec son rituel
traditionnel et je me précipitais pour aller me
changer, honteuse et mal à l’aise en ce début de
journée.
Avant même de me changer, je fus interpellée par Sensei
qui d’une voie autoritaire me disait : « DAMÉ,
DAMÉ ! », me rappelant à l’ordre pour me
laver les pieds à la fontaine avant d’aller me changer.
Je me sentais diminuée et mal à l’aise avec toutes ces
remontrances auxquelles je n’étais pas habituée.
Je me demandais toujours où il voulait en venir sur ma personne.
Sortant de l’espace d’où je venais de me changer qui devenait ma
résidence provisoire, je me précipitais sur un
vélo plutôt mal-en-point qui était non loin
de là à la disposition des uchi-deshi, pour aller au
village tout proche acheter de quoi me vêtir et me chausser
correctement pour être à l’aise.
Une fois les achats effectués, (survêtements &
baskets), j’enfourchais le vélo pour retourner rapidement au
dojo lorsque, je ne sais par quelle poisse, la chaîne du
vélo sortit de son pignon dans ma précipitation, me
bloquant le pédalier et me trouvant ainsi dans
l’impossibilité de remettre le vélo dans son état
de marche, ce qui m’obligea à soulever l’arrière pour
rentrer au dojo avec tous mes paquets.
Les nerfs à fleur de peau, j’avais envie de jeter n’importe
où ce vélo pourri, où seulement la peur des
représailles m’en empêcha dans ce pays
étranger.
Je m’aperçus inconsciemment que je venais avec ces achats
de faire la démarche pour rester.
Arrivée au dojo où tout le monde était dans
un état cérémonieux, presque religieux en train de
travailler pour aider SENSEI dans diverses taches.
Il fallait enlever les mauvaises herbes sur les abords du chemin,
ratisser afin de ramasser les feuilles mortes pour les mettre dans un
endroit bien déterminé afin de faire du compost, etc.…
Aussitôt, je déposais le vélo à l’endroit
où je l’avais pris tout en allant me changer rapidement pour
participer à l’entretien des abords du dojo, convaincue que
c’était la bonne attitude à prendre.
De mes mains, montrant ma volonté à participer à
l’entraide, je me dirigeais à côté de Sensei, et
tout en l’observant, j’arrachais les mauvaises herbes.
Mal m’en pris car je fus sermonné de nouveau, DAME DAME !
Sensei me fit comprendre de ne pas enlever les mauvaises herbes de
cette façon car les racines n’étaient pas retirées.
Sensei alla chercher une petite serpette, et tout en me montrant
le geste m’invita à en faire de même.
J’appris par la suite que tout ce travail d’entretien
devenait répétitif et journalier.
Tous ces menus travaux que nous emmenâmes vers 11H30 environ
lorsque Sensei nous fit comprendre de nous arrêter afin de nous
offrir un petit repas frugal pour nous remercier de notre participation.
Un barbecue s’installa rapidement après nous être
changé propres, des pâtes frites mélangées
avec du chou coupé en petits morceaux ainsi que des morceaux de
poulet que Mucon san coupait avec cérémonie par habitude.
Mucon san était le personnage qui était le lien direct
avec Sensei et, par sa position, il ne manquait pas d’abuser de ce
pouvoir auprès de son entourage.
Des épices, ail & piment accompagnaient le tout sur une
grande plaque en fonte chauffée au-dessus de brindilles et de
charbon de bois où l’odeur nous ouvrit l’appétit.
Nous savourions ce repas frugal avec délices et Sensei qui nous
accompagnait nous offrit du saké où les bouteilles
de 1,8 litres étaient à notre disposition.
Le repas fut agrémenté de choses anodines et je ne
comprenais rien à ce qu’il pouvait se raconter, me contentant de
manger et d’observer, afin d’assurer une présence
agréable en essayant de m’insérer le mieux possible
autour de Sensei.
Lorsque le repas fut terminé aux alentours de 14h, Sensei nous
congédia gentiment en repartant sur son vélo.
Sensei dit quelques mots à Mucon san, le responsable qui
consistaient à débarrasser la table et à remettre
de l’ordre.
Tout ce petit monde repartit discrètement, presque tous
précipitamment et même sournoisement à ses
occupations préférées, sans signifier en quoi
consistait leur emploi car ils détestaient la présence de
Mucon san.
Le temps de m’apercevoir de leur absence, laissant Mucon san se
débrouiller tout seul dans la responsabilité
de l’entretien de ces lieux, ce qui créait une ambiance des plus
antipathiques.
Je fis de mon mieux pour l’aider, mais personne était
à son écoute pour remettre tout en ordre et ma
présence apparemment le dérangeait.
Dans ce désordre, ne sachant pas très bien ce qu’il
fallait faire dans cette ambiance à vous faire fuir et voyant
que Mucon san n’ayant aucune explication, ni même un regard sur
moi dans cette attitude dédaigneuse, je décidais de
m’éclipser sans vouloir aider Mucon san, puisque personne
l’aidait, en disant : « toilettes ! »
afin de m’éclipser.
Je décidais aussitôt après de sortir, mais sans le
vélo, me promener dans les environs, me changer la tête de
cette matinée austère et faire une promenade
touristique.
Je revins aux alentours de 17h tranquillement lorsque je vis à
mon arrivée Mucon san réparant le vélo
accompagné de deux personnes.
Les autres, plus loin, s’entraînaient à des exercices avec
un Jo et un Ken dans une ambiance où tout ce joli monde
s’observait les uns aux autres.
À cet instant, toujours personne ne me parlait créant
toujours une ambiance à me faire fuir, comme si j’étais
une intruse qui dérangeait.
M’approchant de Mucon san pour montrer mon intéressement
à l’aider, je fus mise dans l’ignorance comme si j’étais
une moins que rien et son attitude montrait une antipathie sur ma
personne, en doutant de mes capacités à me rendre utile.
Au bout de quelques minutes, je décidais de partir pour aller
dans le petit chokudo après avoir bien enlevé mes baskets
et de les avoir mises dans le bon endroit pour ensuite regagner mon
espace vital que je considérais comme chez moi.
À peine arrivée dans mes affaires que je fus interrompue
par la voie de Mucon san :
« PA TO RI CI AA !, PA TO RI CI AA !, PATO RI CI
AA !, soji , onégashimas !, soji,
onégashimas ! (corvée d’entretien !,
corvée d’entretien !).
Le ton de sa voix me fit précipiter dehors croyant à une
catastrophe, où je ne vis personne et cherchant à le
retrouver je me dirigeais vers le dojo où ils étaient
tous en train de balayer !
« Aîay, aîay!, moto
kudasai ! » d’une voix autoritaire en me faisant
signe de la main de venir au plus vite dans le dojo pour
participer à l’entretien.
Je me précipitais tout de suite, comme s’il s’agissait
d’une importance capitale accompagnée d’une grande
responsabilité honorifique que de nettoyer le dojo du fondateur.
Il sourit l’air apaisé devant ma précipitation
spontanée et me remit un balai pour balayer avec lui tout en
m’expliquant dans un ordre précis où la
particularité consistait à un accord parfait dans les
déplacements, où les gestes entre lui et moi ne
faisaient qu’un.
Je me demandais après avoir exécuté cette
tâche où il insistait avec une grande
cérémonie, si ce n’était pas un entraînement
de soumission accompagné d’un degré de
débilité juvénile.
Diverses corvées s’effectuèrent où chacun
s’orientait vers sa spécialité si j’osais dire,
en fonction de son ancienneté conférée par
Mucon san, l’homme-orchestre désigné de ses lieux.
Le ménage (soji) fut terminé dans le quart d’heure, ce
qui nous emmena vers 18H15 environ comme auparavant tout ce petit monde
disparut à ses habitudes fantomatiques comme pour fuir
l’autorité de Mucon san et aller se changer afin de participer
à l’entraînement de 19H.
J’essayais d’avoir des contacts, mais rien : les rapports
étaient assez fermés, animés par je ne sais quel
mystère.
Je profitais de la disparition de tout ce monde pour me promener
à la découverte de cette propriété de 2
hectares environ.
Tout en me disant que Morihei UESHIBA avait vécu là, dans
mes pensées en regardant tout autour de moi, lorsque je fus
interrompue par des KIAI répétés non loin de
là.
Mon attention se dirigea vers le dojo, où tout ce petit monde
fantomatique qui avait disparu s’était changé et
s’entraînait sérieusement à se
surpasser comme si le temps pressait.
Avide dans ce climat de participer avec eux et de me faire des
copains de pratique, je décidais de me changer tout de suite,
pour aller dans le dojo, prendre un bon contact et m’entraîner
pour progresser rapidement.
Une fois prête, je me dirigeais vers le dojo aux alentours de
18H30, où d’autres Japonais commençaient à arriver.
Il y avait aussi quelques rares occidentaux à cette
époque, je me suis introduite dans le dojo dans le salut
traditionnel, je m’assis en seiza tout en regardant ce petit monde qui
s’animait avec un grand intéressement où je n’ai pas eu
le courage de m’insérer, tellement mes capacités
techniques étaient inadaptées.
Je me contentais dans mes idées d’essayer d’être comme eux.
Dans cet endroit envoûtant qu’était le
dojo du fondateur Morihei UESHIBA, il me vint à
l’esprit qu’il sera difficile mais pas impossible d’être
meilleure qu’eux.
Tout en méditant sur mes pensées et l’heure approchant,
le dojo se remplit de monde et 5 mn avant le cours Sensei apparut et
tout le monde d’une seule voix répondit à son
apparition : « KOUM BA OUA ! »
(bonsoir), en s’inclinant cérémonieusement et avec grand
respect, accompagné d’une grande passion pour le cours qu’il
devait dispenser.
Au fur et à mesure que les jours passèrent le rythme de
cette vie s’installait tout doucement, puis un soir, lors d’un cours,
Il se dirigea devant le Kami Sama, s’asseyant devant et fit un grand
sourire en regardant tout ce monde et son regard s’attarda plus
longuement dans ma direction pour déceler à travers mon
attitude mon état du moment.
Tout en parlant à un américain, il m’interpella pour la
traduction, Sensei me signifia quelque chose que je ne compris pas et
qui ne devait pas être très important.
Cela faisait déjà une bonne dizaine de jours que
j’étais en ces lieux.
Dans son interpellation, ne comprenant rien à ce que me
racontait l’Américain dans sa traduction, je fis un hochement de
tête avec un sourire comme si j’avais compris.
Sensei sourit et le cours s’ouvrit (je pense aujourd’hui qu’il savait
que je ne comprenais rien et que j’avais passé ces premiers
jours difficilement).
Evidemment, tout en donnant du mieux que je pouvais encore une
fois, j’assistais à mes cours lamentablement où Sensei
avait pris l’habitude de me corriger constamment tout en arrêtant
le cours.
DAMÉ ! DAMÉ ! PATORICIA ! me faisant
reprendre constamment les mouvements pour que je recommence le
mouvement correctement comme il le souhaitait.
Il commençait à mon insu à distiller à
travers mon corps son enseignement.
Mon corps me faisait souffrir tant les exercices et les maladresses que
j’exécutais de mon ancien apprentissage était
complètement inadaptés et obsolètes.
Sensei, tel un chef d’orchestre disait : « koko
ni O’SENSEI style » avec ses gestes, ce qui voulait
dire : « ici c’est le dojo et le style de O’SENSEI
Morihei UESHIBA) »
Prenant conscience du danger je j’encourais par les blessures et que
mes blocages pouvaient occasionner, je décidais naturellement
d’avoir une attitude plus conciliante afin d’éviter les dommages
corporels.
D’autant plus qu’une ambiance de parti pris négatif en ma
personne commençait à s’installer.
Le cours se termina et Sensei s’adressant à moi en compagnie de
Mucon san, nous dit quelque chose que je ne compris toujours pas et
puis il s’éclipsa.
Je partis me changer toujours bouleversée dans cet endroit
austère qui faisait fuir plutôt que rester avec une petite
crainte de peur.
Alors que je prenais mon temps dans mon espace qui m’était
attribué, le petit chokudo pour me changer tranquillement,
j’entendis Mucon san : « PA TO RI CI AA !, PA TO
RI CI AA !, PA TO RI CI AA ! »,
décidément de nouveau dans la précipitation, je
sortis à peine changée bouleversée, et toujours
son sourire me mettant dans une situation de soumission, de crainte et
d’écoute, où il me fit comprendre de le suivre sans rien
dire dans une attitude autoritaire.
Le suivant à quelques encablures telle une femme suivant son
homme pour rentrer à la maison à quelques pas
derrière, nous arrivâmes dans un restaurant que l’on
appelait à l’époque YAMA BICO (l’écho de la
montagne).
C’était le restaurant du fils de SAITO SENSEI.
Une table japonaise magnifiquement dressée où une dizaine
de personnes étaient invitées : tous japonais sauf
moi, la seule femme du groupe.
Je compris à ce moment-là que c’était l’invitation
qu’il avait dit auparavant dans le dojo qui fut traduit par
l’Américain auquel j’avais dit oui avec un hochement de
tête sans le savoir.
Cela me faisait plaisir après ces jours pénibles :
c’était pour moi une récompense de rentrer dans cette
considération, un moment précieux en compagnie de
Sensei qui devenait mon sauveur avec sa chaleur humaine.
Cela tombait à point avec toutes ces idées que je me
faisais sur lui, et toutes mes pensées en fin de compte font que
je resterais bien dans ce lieu magique.
J’avais vraiment changé d’idée encore une fois.
Tout ce monde parlait dans cette ambiance de-ci de-là en
Japonais tout autour de Sensei.
Me trouvant tout prés de lui et non loin de là je
me sentais bien.
Il y avait un aquarium tout près de moi, où de petits
poissons de toutes les couleurs s’ébattaient, je participais
avec mon regard aux écoutes tout en regardant les ébats
de tout ce joli monde aquatique en gardant d’un oeil attentif sur
Sensei.
De cet intéressement à regarder l’aquarium qui
était rempli de poissons de toutes les couleurs pendant
que tout ce joli monde discutait attira l’attention de Sensei.
Il s’approcha de moi avec un grand sourire complice de ma
curiosité pour ne pas blesser mon attitude un peu
craintive par ces jours passés.
Il se fit tout petit imitant presque mon attitude frêle du
moment, ce qui fit sourire tout le monde et moi, lui montrant un
poisson je lui dis: « il est joli ! » :
c’était une façon de communiquer dans mon absurde
attitude.
Je ne sais comment, mais il répéta en français
d’une voix douce ce que j’étais en train de lui dire (il est
joli !) au point qu’avec mes yeux étonnés, j’ai
failli croire qu’il parlait français.
Je le regardais abasourdie, lui le grand maître avec une petite
voix, puis tout en reprenant sa voix autoritaire il appela son
fils : « Mucon san ! » qui se
précipita avec une épuisette, tout en montrant le
poisson, il l’attrapa sans autre forme de procès.
Je fus invitée à l’accompagner voir la préparation
dont son fils adroitement dans le maniement du couteau s’occupait de la
mise en pièce de la prise qui était aussi grosse qu’un
poisson rouge de nos aquariums, mais de couleur noire bariolée
avec de tâche de jaunes.
Tout en me servant du saké en disant : «
Kampai ! » (santé), le poisson pris dans
l’épuisette arriva dans une petite assiette joliment
présentée avec quelques herbes dont les grands
Maître cuisiniers Japonais ont l’art de le faire.
Il était tout frémissant et je n’en croyais pas mes
yeux : il était encore vivant alors qu’il était
ouvert de partout et pré taillé pour être
mangé et avalé.
Sensei me fit comprendre de le manger vite avant qu’il ne meure
complètement, ce que je fis, le tout accompagné d’une
sauce de soja noire.
Ouf ! ce fut fait et avec admiration tout cet entourage
m’accueillit comme si j’étais des leurs avec une sorte de grand
respect pour la prouesse de ce que j’avais réalisé.
Je le pris comme un exploit car c’était le premier compliment
que Sensei me faisait.
Le tout fut arrosé de saké, bien entendu et tout ce
monde orchestré par SAITO Sensei disait :
« Kampai ! » (santé) en
trinquant vers moi.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentis bien et tellement à
l’aise dans cette ambiance hors du commun, que ne connaissant pas
très bien le mot Kampai, il me prit l’idée de dire en
français : « TCHIN –TCHIN ! » .
C’est alors, mal m’en prit, qu’ils me regardèrent tous dans un
grand silence et l’oeil inquisiteur, je me demandais : mais
qu’est-ce qu’il se passe donc?
Mucon san, gêné, essaya de m’expliquer que cette
expression voulait dire en japonais : viens coucher avec moi !
Inutile de vous expliquer la situation dans laquelle je m’étais
mise en criant comme eux :
« TCHIN-TCHIN ! » en Français !:
j’avais envie de partir de nouveau en courant me réfugier je ne
sais où.
Le repas gargantuesque continua et je me fis toute petite.
Voyant mon désarroi, Sensei me remit de plus en plus à
l’aise en m’invitant à m’asseoir à ses côtés.
Je reprenais confiance en moi et fière d’être avec
lui et où avec le temps, ce malentendu se dissipa.
Le repas terminé, Sensei nous congédia et après
lui avoir souhaité bonne nuit, tout le monde disparut
comme à l’habitude : il était 1h du matin environ.
Dans ma chambre de fortune, la nuit se passa bien dans les vapeurs de
saké et dans un sommeil profond lorsque je fus
réveillée aux alentours de 6h par des bruits tout autour
de mon hébergement de fortune.
Je me levais hâtivement et en regardant discrètement
à travers la porte fenêtre, je m’aperçus que
tout le monde travaillait à l’entretien des abords du dojo, ce
qui devenait une habitude quotidienne.
Mais pourquoi ne m’appelle-il pas ?
Je commençais à être habituée à
l’interpellation de Mucon san.
Tout en me dépêchant pour les aider, car dans cette
ambiance l’on ne pouvait faire autrement, je sortis en tombant presque
nez à nez avec SAITO Sensei qui mettait de l’ordre devant le
petit chokudo tout près de là.
« Ohiao gozaïmas » me dit-il
(bonjour !) dans une mauvaise prononciation, je lui
répondis la même chose, l’air précipité par
mon retard tout en me mettant au travail d’entretien à ces
côtés.
DAMÉ ! DAMÉ ! PATORICIA ! me faisant signe
de partir je ne sais où.
Alors je me dépêchais pour aller voir Mucon san pour faire
ce qu’il voulait que je fasse.
Mucon san ne me disant rien, dans ce court instant sans rien faire je
me suis trouvée tout naturellement à l’aider
à désherber avec une petite faucille qui se trouvait
non loin de là et je rentrais dans le discernement de
la soumission de la bonne attitude à avoir dans
cette intégration.
Au bout d’un moment, aux alentours de 6H30, tout s’arrêta presque
naturellement lorsque Sensei disparut.
Car c’était l’heure qui approchait pour l’entraînement et
je fus invitée gracieusement à prendre un café
rapidement avec Mucon san.
Le temps de boire le café, tout ce monde avait disparu pour
aller se changer : l’entraînement d’armes du matin
était à 7h.
Tout le monde était prêt à 6h45mn environ, guettant
l’arrivée de Sensei pendant que d’autres s’adonnaient à
un entraînement furtif pour s’échauffer.
Lorsque Sensei apparut, Mucon san se précipita dans le dojo et
nous lui emboîtâmes le pas pour nous mettre en place dans
un ordre parfait et dès son apparition nous lui signifions un
bonjour cérémonieux et respectueux de l’enseignement
qu’il allait nous prodiguer.
Tout en répondant à notre salut, il dit quelque chose
à Mucon san qui consistait à lui apporter ce qu’il
souhaitait, c’est-à-dire l’arme du moment qu’il fallait
travailler aujourd’hui : en septembre, c’était le mois du
Jo.
Après le salut traditionnel, il sortit par la grande porte
du dojo où nous lui emboîtâmes le pas
précipitamment afin d’arriver pratiquement en même temps
que lui, pour de nouveau refaire tous ensemble dans l’ordre, le salut
vers l’infini qui signifiait le commencement du cours.
Ainsi jour après jour, était la vie en communauté
des uchi-deshi.
De ces longues années passés, je me souviens toujours de
mes premiers cours de Jo, une catastrophe où je ne savais
que faire ni comment me tenir.
Après ces débuts périlleux du kata de 31 aux
nombreuses répétitions, je ne faisais qu’accumuler les
maladresses tout en progressant à grands pas.
Sensei constamment me corrigeait par ses interventions :
DAMÉ ! DAMÉ !.
Du san-ju-itchi no kata (qui veut dire kata de 31), marquant la fin du
kata, ma mauvaise compréhension et mon enthousiasme dans cet
exercice finit par me faire dire
« sandwich ! »
Dans cette ambiance de travail sans cesse interrompue
par mon incompréhension, Sensei s’adressa
tantôt à Mucon san tantôt directement à
moi.
Ainsi tous les jours, malgré ma bonne volonté, les
maladresses perpétuelles et ma détermination de vouloir
progresser ont amené SAITO Sensei à avoir une attention
particulière envers moi.
Lorsque j’avais des DAMÉ ! DAMÉ !, ce fût
pour moi une bénédiction d’avoir sans le savoir une
attention toute particulière dans ma progression.
Là je compris que cet état de fait devait passer par ce
japonais, sempai des uchi- deshi : Mucon san .
Son pouvoir du moment le mettait dans la situation où les
rapports avec Sensei et les uchi-deshi devaient forcément passer
par lui car Sensei de manière adroite posait les bonnes
questions afin d’être au courant de l’ambiance qui pouvait
régner.
L’ambiance de son pouvoir créait des divergences où il
fallait savoir tirer son parti entre nous tous vis-à-vis de lui
pour la bonne marche et l’entente générale.
Ce qui parfois donnait envie de lui mettre une tête au
carré, et de lui faire des misères anonymes.
Son autorité d’orchestrer sans violence, la soumission des
uns et des autres eu pour conséquence d’infléchir
l’arrogance afin de pouvoir mieux s’intégrer pour
acquérir une bonne compréhension.
Devenue docile, je m’en fis un copain de circonstance, ce qui ravit
Sensei car je pense qu’il le souhaitait afin de pouvoir me communiquer
son savoir pour progresser.
Dans cette vie de tous les jours à IWAMA Dojo, la progression
à travers l’entraînement devenait l’emploi du temps
journalier.
Me voilà soumise à ce travail sans abus où tout au
long des cours, je fus prise en charge encore et encore par SAITO
Sensei.
Les jours passèrent et puis au bout de deux mois
environ, j’avais pris l’habitude de sortir l’après-midi
après mes entraînements pour me décontracter, me
changer l’air de cet endroit oppressant.
Je pris l’habitude de me promener de-ci, delà, lorsqu’un beau
jour, j’ai eu la surprise de voir à mon retour aux alentours de
16h toutes mes affaires dehors, par terre étalées sur
tout le chemin et souillées par les allées et venues des
vélos qui devaient passer par là.
Je ne compris pas du tout ce qui se passait et me précipitant
pour tout ramasser dans un désordre à bras le corps pour
tout déposer dans le petit chokudo lorsque je fus interrompue
dans mon élan par la venue de Sensei en vélo, suivi de
Mucon san qui arrivait en courant pour nous rejoindre.
Ça alors je n’en revenais pas de cette ambiance terrifiante par
cette attitude grave. Tout en mettant son vélo sur la
béquille, Sensei, Mucon san se mettant
à côté de Sensei ironiquement, me signifia que mes
sorties intempestives l’après-midi étaient dignes des
« AIKI-TOURISTES », ce que je n’étais pas
venue faire !
Me faisant remarquer, alors que j’étais venue ici pour apprendre
l’AIKI d’IWAMA, et tout en se dirigeant à l’intérieur du
chokudo qui se trouvait tout près, il prit une craie près
du grand tableau noir, la donna à Mucon san et commença
à parler tandis qu’il écrivait sur le tableau en
phonétique :
-KATA 31 + ROKU-NO-JO : one week
-20 ATTAQUES SUBURI KOMIJO :
1°/ SHOKU-TSUKI,
2°/ KAESHI-TSUKI,
3°/ USHIRO TSUKI (etc…) : c’est-à-dire les 20
attaques avec leurs noms: two weeks !.
Je regardais après toute cette énumération et il
dit à Mucon san qui traduisait du mieux qu’il pouvait afin
que je puisse bien comprendre.
« Ici ce n’est pas un hôtel, vous êtes ici pour
apprendre c’est vous qui l’avez dit et désiré »
« Il est interdit d’étaler vos affaires comme chez
vous : le surplus doit être rangé et vous devez
occuper le moins d’espace possible ».
« A partir d’aujourd’hui, vous allez déménager
et habiter dans la chambre de O’Sensei »
« Mucon san vous expliquera l’entretien de ces lieux
à faire quotidiennement »
« Vous progresser très lentement : cela
fait deux mois environ que vous êtes ici : je vous
donne une semaine pour apprendre le kata de 31 et roku-no-jo
correctement »
« Une semaine pour les 20 attaques suburi komijo et Mucon
san vous expliquera tai ren uchi au ken : 15mn par jour de
frappe correctement »
« Ensuite lorsque vous sortirez il faudra me demander la
permission pour savoir où vous allez »
Bien ! me voilà fixée : accepter ou partir.
« Domo arigato gozaïmas (merci), c’était la
coutume que j’avais bien compris en s’inclinant dans le sens de
l’accord incontestable, sans discussion mais avec le devoir de le
faire.
Mes journées commençaient ainsi tous les jours et
j’aidais à l’entretien des abords du dojo de 6H à 6H30.
Après avoir acheté un magnifique Ken et un Jo,
entraînement du matin Aiki-ken Aiki-jo de 7Hà 8H !
De 9H à 11H :entretien des abords du dojo avec tous les
ushi-deshi du moment quand ils ne désertaient pas, donc parfois
seule en compagnie de Mucon san.
Les autres élèves n’étaient pas à la
même enseigne que moi, car ils étaient venus en ce
lieu pour d’autres motivation et n’étaient pas soumis au
même régime.
De 12h à 13h repas entre nous, parfois seule, quelquefois avec
Sensei.
De 14h30 à 16h : entraînement libre Aiki-Ken,
Aiki-jo, puis apprendre l’Anglais et écrire mon courrier ou
recopier mes cours, etc…
De 17h à 18h : entraînement tai-jutsu dans le dojo
avec qui voulait bien se présenter selon affinité.
À 18h, nettoyage du dojo, à 19h cours du soir tai jutsu.
Cela a duré trois mois avec une mise au point tous les quinze
jours de mon apprentissage devant Sensei.
Il n’hésitait pas à me corriger quotidiennement par ce
mot qui résonne toujours dans ma tête
« DAMÉ ! », ce qui voulait dire c’est
incorrect dans le sens que ce n’est pas possible d’exécuter un
mouvement de la sorte.
« Cette attitude corporelle tordue risque de vous foudroyer
par ce geste qui n’exprime pas l’intention réelle de
l’action »
Dans cette sculpture corporelle parfois un peu rapide et
même maladroite s’installa une sorte de complicité entre
nous où l’élève en tant qu’élève
attentive, j’étais observée quotidiennement par
Sensei dans cette évolution permanente.
Puis les jours passèrent et un matin très tôt, il
arriva voulant faire un ménage expéditif pour briser nos
habitudes, pour casser notre rythme comme parfois il le faisait.
Il alluma un feu dans un tonneau en fer pour faire brûler des
déchets, du papier, des journaux, du tissu, des vieilles choses
que l’on brûle pour se débarrasser des
détritus encombrants.
À ce moment-là, me tenant à ses cotés pour
l’aider comme d’habitude, il me dit : « vous faites
beaucoup de progrès » avec un grand sourire,
« vous êtes sérieuse, assidue et
attentive : vous êtes une vraie gokyu ».
Cela voulait dire 5è kyu, (car je savais chuter surtout sur un
tapis aussi dur !) et je comprenais le chemin qui me restait pour
progresser.
« Je vous accepte au dojo et vous pouvez amener votre
hakama : on va le brûler et vous repartirez avec un
vrai 5è kyu mental.
N’oubliez pas de vous acheter une belle ceinture blanche
surpiquée.
Dans mon attitude étonnée, me demandant si
j’avais bien compris, il sourit tout en me signifiant
d’aller tout de suite chercher l’hakama, ce que je fis.
Je partis courageusement chercher mon hakama en courant pour ne pas le
faire attendre.
Arrivée devant lui il me dit :
« doso ! » (je vous en prie !),
l’hakama tomba dans le tonneau en feu, une fumée noire en
sortit symbole de la disparition du passé et je le regardais
avec des grands yeux : il ria puis il m’invita à
déjeuner avec lui comme un père invite sa fille dans le
restaurant de son fils Musco san.
Un repas somptueux était en train de se préparer sous
l’autorité de Sensei et son fils exécutait des
délices à nous faire plaisir.
Sur la table bien garnie, des plats mystérieux apparaissaient
qui affûtèrent votre palais dans cette
découverte.
Dans cette ambiance chaleureuse, je me sentais appartenir à la
famille MORIHIRO SAITO SENSEI.
Pendant ce repas, quelques Japonais étaient présents
venant du proche voisinage.
Des liens privilégiés se formèrent, son attention
à tous égards ces recommandations permanentes
à me faire évoluer rapidement, rendit mon séjour
moins pénible par la passion qui s’installait en moi.
Fin novembre, mon passeport touristique expirait et je devais
prendre une décision pour la prolongation de mon
séjour.
Mon billet d’avion était valable un an, mon passeport
touristique trois mois.
Que faire, pour rester ?
Je décidais d’en parler à Mucon san puisque l’on
était copains de circonstance et lui aussi restait dans ces
lieux pour encore quelque temps.
Comme j’arrivais à me faire comprendre dans mon anglais
rudimentaire, j’expliquais à Mucon san ma situation afin de
trouver une solution pour pouvoir rester à IWAMA.
Comprenant mon problème, il fut pris dans l’obligation des
rapports consensuels que j’avais avec Sensei de l’informer de ma
situation.
Le cours du soir se déroula comme d’habitude avec moins de
maladresses mais toujours des corrections permanentes à mon
évolution.
Le cours terminé Sensei m’invita tout de
suite pour discuter de cette nouvelle situation en compagnie de
Mucon san qui devenait mon interprète.
Après m’être changée rapidement, Mucon san et
moi-même partîmes au restaurant Yama bico où Musco
san préparait des délices de circonstance.
Assise à côté de Sensei et Mucon san en face, nous
entamâmes une conversation sur le déroulement de cette
affaire de séjour.
La conversation tourna autour de la situation financière dont je
disposais, de la situation familiale et de l’intérêt et la
détermination à vouloir me lancer sur ce chemin.
Puis voyant mes réponses saines, claire et sans
ambiguïtés, il décida de m’aider tout en me disant
que pour pouvoir aller dans le sens de ma requête, il
fallait qu’il se porte garant de ma personne.
Ce qui signifiait son implication devant les autorités
Japonaises de l’immigration.
Or, il ne le faisait jamais et, à ma connaissance, il fallait
avoir une grande estime de sa part pour s’impliquer dans cette
démarche.
Le repas terminé, il nous invita chez lui dans son bureau,
où nous nous dirigeâmes.
Tout-en prenant une feuille de papier où il
écrivit ma situation et mon identité, il signa de
son sceau (enco), ferma l’enveloppe et fit fondre de la cire sur la
fermeture de l’enveloppe puis apposa un autre sceau sur la cire encore
chaude.
Sous la traduction de Mucon san, Il me dit : « demain
vous allez aux service de l’immigration avec votre passeport et vous
obtiendrez votre visa culturel pour 1 an »
Je n’en revenais pas de sa façon aussi simpliste de
faire : on se serait cru au moyen âge !
Avant de le quitter, il me dit : « demain à
quelle heure pensez-vous rentrer »?
Dans un moment d’hésitation, je lui dis rapidement sans trop
savoir : « vers 20 heures »
Le lendemain, je partis au premier train de 5h, voulant profiter de
cette échappatoire fortuite de ma journée à TOKYO.
C’était la première fois que je pouvais visiter
TOKYO tranquillement après trois mois au JAPON.
Arrivée devant un très joli bâtiment, au premier
étage une salle d’attente avec une personne à l’accueil
pour orienter les gens.
Me dirigeant vers l’accueil, toujours avec cette attitude respectueuse
de dire bonjour avec le bon ton, je présentais mon enveloppe
avec mon passeport afin d’éviter toute explication inutile.
Le responsable de cet accueil ouvrit la lettre d’un air un peu surpris
de voir une étrangère présenter ce document.
Il partit voir son supérieur, tout en me disant d’attendre un
moment et ensuite il m’invita dans un autre bureau et là un
monsieur plus important m’accueillit avec un grand sourire tout en
parlant japonais, tamponna mon passeport sans autre forme de
procès tout en me le remettant et il me souhaita
une bonne journée.
Cette formalité avait duré tout au plus 10 minutes,
là je compris que Sensei Morihiro SAITO était un
personnage très honoré et respecté, connu de
l’administration japonaise : un notable influent, un grand homme,
quoi !
Je partis tout gaiement rejoindre mon journaliste raconter mon aventure.
Tout en donnant de mes nouvelles, je lui achetais des cassettes
vidéo sur Sensei SAITO pour m’instruire sur le personnage et la
culture de l’Aïkido.
Puis je pris congé en le remerciant pour tout ce qu’il avait
fait pour moi, je partis boire un café, me promener, pour
ensuite aller manger dans un restaurant particulier où le
poisson cru était roi.
Une fois assise à la table, des petites assiettes circulaient
sur un tapis roulant où l’on choisissait ce que l’on souhaitait
afin de se faire plaisir.
Dans cette ville de TOKYO l’étrangère que j’étais
dans cette cohue animée où au gré des
rencontres opportunes des invitations fortuites, rend le temps
agréable.
Tout en me promenant de-ci de-là une multitude de magasins vous
invitent à la flânerie.
Ne voyant pas le temps passer et m’apercevant qu’il était
près de 21H, je me pris de panique pour aller me
dépêcher à prendre le dernier train qui m’emmenait
à IWAMA.
Un peu angoissée dans le train par mon heure tardive, j’arrivais
aux alentours de 24H au dojo, où sans faire de bruit, dans un
pas feutré, j’allais dissimuler ma présence tout en
arrivant doucement devant ma porte pour aller me coucher.
Lorsque j’ouvris la porte coulissante sans faire de bruit, j’entendis
d’une voix autoritaire : « KOUM BA OUA ! PAT
TO RI CIA SAN », disait Sensei.
J’ai cru avoir une crise cardiaque tellement la surprise était
grande !
Mucon san qui ne dormait que d’un oeil accourut
précipitamment attiré par la voix de SENSEI en un temps
record pour voir ce qu’il se passait.
C’est alors qu’il me signifia mais cette fois gentiment de peur de
m’effrayer où de réveiller tout le monde :
« Vous avez dit que vous rentrerez à 20h et je vous
ai attendu pour souper » disait Sensei presque d’une
voix déçue.
Me tenant dans une position pétrifiée sans
répondre, je me tenais la tête baissée, en guise de
désolation de l’avoir abusé de ma confiance comme une
petite fille.
Il rajouta, traduit par mon copain de fortune Mucon san:
« Je suis responsable de vos agissements, je me suis
porté garant de vous, afin que vous obteniez ce visa »
« Tachez de l’honorer, si vous avez un souci, adressez-vous
à Mucon san qui me fera parvenir votre
requête ! »
« Si vous souhaitiez rentrer à 24h, il fallait me le
dire, je ne me serais pas fait de soucis inutilement, comprenant
votre escapade dilettante, or vous avez dit 20h! »
« Je me dois de m’inquiéter pour votre absence et
assurer votre sécurité »
Puis il me souhaita bonne nuit, et le lendemain à 5H30 la
routine s’installa de nouveau comme si rien ne s’était
passé.
Tous les jours du lundi au dimanche, entretien du dojo,
entraînement, accompagné de quelques rares sorties avec
Sensei, ayant mon visa le 10 décembre 1985.
- Les débuts en
France
- L'arrivée
à
Tokyo
- La rencontre avec
Morihiro Saito et les premiers
jours à Iwama
- La compréhension de l'entrainement privilégié d'une Uchi-Deshi
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